Episode 78
Entre ses folles nuits avec Asia Li-Li et le mystérieux barbu à la bite verdâtre, le cœur de notre Zoé est mis à rude épreuve. Ce sont les risques du métier !
Ce fut au réveil d’une nuit particulièrement chifoumiesque que Zoé, à qui la volupté donnait toutes les audaces, souffla à son patient :
— Montre-moi ton visage, mon chéri...
Ni une ni deux, l’homme débanda et, sans même prendre le temps de rajuster son froc, détala comme un lapin.
« Quel grand timide », pensa notre héroïne tout attendrie, en s’élançant à sa poursuite.
Cette course effrénée, dans la demi-obscurité du petit jour, les mena, de rue en rue, jusqu’au bois de Boulogne. L’heure matinale ayant vidé les lieux de sa faune interlope — tapineuses, michetons, macs, ripoux, travelots brésiliens, touristes américains, marchands de préservatifs... — , la nature avait repris ses droits. Dans l’aurore radieuse, la rosée scintillait sur les vieux Kleenex et les capotes usagées.
« Que c’est beau ! » s’émerveillait Zoé, sans perdre son patient de vue.
Ce dernier, empruntant un chemin de traverse, parvint hors d’haleine devant une grille rouillée dissimulée sous la verdure. L’ayant poussée, il pénétra dans une propriété quasiment invisible aux yeux des promeneurs, tant elle se confondait avec le décor ambiant. Au cœur de cet écrin de verdure se dressait une ancienne maison de maître, aux murs couverts de lierre, dont il franchit prestement le porche moussu.
Avant de s’engouffrer à son tour par l’ouverture béante, Zoé eut le temps de lire, sur la plaque de cuivre ornant le panneau de bois : Docteur Branquenstein, résurrectologue.
( A suivre)