Camping 2
Parmi les habitués du camping des Colombes, il y avait Costa, un Grec d’une trentaine d’années, bon vivant, grande gueule et cul-de-jatte. Enfant, un tram lui était passé dessus, tranchant net ses membres inférieurs. Il vivait ce handicap avec beaucoup d’humour (« tu me casses les pieds » ou « lâche-moi les baskets ! » faisaient partie de ses vannes habituelles), maniait son fauteuil roulant de main de maître, conduisait sa voiture et pratiquait de nombreux sports, dont la natation.
Je n’ai jamais compris comment on pouvait nager sans jambes, mais c’était un fait : dans l’eau, Costa flottait aussi bien que vous et moi. Que dis-je ? mieux que moi qui bois la tasse pour un oui pour un non.
Ce jour-là, c’était justement le cas. La mer était très agitée. Bousculée par une vague un peu trop turbulente, je paniquai et me raccrochai à ce que je pouvais.
Le slip de bain de Costa, en fait.
Qui me resta dans les mains, forcément.
Vous imaginez la honte ?
Costa éclata de rire. Puis il récupéra son bien et le réenfila vaille que vaille, en gloussant :
— Oups ! Pas facile de mettre un caleçon sans avoir pied !
Ah, c’était un seigneur, Costa !