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GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 83

Arthur

   Encore un loupage de coche ? Allez, un beau. Un très très beau.

         En 2001, je reçois un coup de fil de Michel D., directeur des Belles Lettres.

         — J’ai un célèbre cinéaste dans mon bureau, m’annonce-t-il de but en blanc. Extrêmement célèbre. Bien plus que Jean Rollin...

         Troublée par son insistance, je réponds : « Ah bon ? » en me demandant où il veut en venir.

         — Ce cinéaste a une idée de livre jeunesse. De la fantasy. Mais comme il n’a pas le temps de l’écrire, nous avons pensé à toi...

         Je décline aussitôt. Primo, la fantasy, c’est pas mon truc. Deuzio, j’en ai ras-le-bol de barboter dans les idées des autres : je viens de me taper vingt-huit épisodes de « L’Instit », ça suffit comme ça. Et surtout, je suis dans une année faste ; mes livres paraissent un peu partout,  c’est à peine si j’assure ma propre production. Je n’ai donc ni l’envie, ni la disponibilité de servir de « nègre » à un cinéaste, si célèbre soit-il.

         — En revanche, ajoutai-je, j’ai parmi mes amis d’excellents écrivains qui ont besoin d’argent...

         Je lui donne deux ou trois numéros de téléphone, et je raccroche, l’âme en paix.

         L’année suivante, sort « Arthur et les Minimoys », signé Luc Besson et Céline Garcia (que je ne connais pas). Ce livre remportera le succès que l’on sait, fera l’objet d’une série adaptée à l’écran et inondera le marché de produits dérivés.

          Le jour où, convoquée à la BNP pour mon découvert, je tomberai sur des affiches d’Arthur devenu entre-temps l’emblème de cette banque, je rirai jaune. 


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