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grands moments de solitude 65 (tome 2)

 

                                                                       Catharsis

 

        Ma mère, comme la plupart des gens de sa génération, ne jurait que par Marcel Pagnol. Aussi, lorsque « La femme du boulanger » passa à la télé s’empressa-t-elle de m’avertir, pour que nous partagions ce spectacle en famille.

         Vint la célèbre tirade où Raimu, s’adressant à Pomponnette, la chatte fugueuse, l’agonit de vibrants reproches (destinés, en fait, à sa très jeune femme, partie l’avant-veille avec un amant.) Or, cette séquence métaphorique, censée émouvoir les foules, eut sur ma mère l’effet inverse. Se dressant subitement dans son fauteuil :

         — C’est bien fait pour toi, vieux cochon lubrique ! lança-t-elle en direction de l’écran. Tu n’avais qu’à épouser quelqu’un de ton âge au lieu de fricoter avec une gamine. Etre cocu, c’est tout ce que tu mérites !

      L’invective nous laissa cois, mon père et moi. Mais à la réflexion, n’était-elle pas justifiée ? Ces mots-là, maman les ruminait en boucle depuis la fameuse demande en mariage. Il fallait à tout prix qu’ils sortent. Le machisme de Pagnol, en canalisant sa colère, lui évita peut-être une rupture d’anévrisme ou un ulcère à l’estomac, qui sait ?

 

      Ainsi pris-je conscience de la capacité défoulatoire de la fiction. Des fois, un bon auteur vaut un psychanalyste !

 

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