Irma la douce
Il n’y a pas plus naïf qu’une vieille fille, surtout frôlant la soixantaine. C’était le cas de tante Irma, pour notre plus grande joie, à nous, ses neveux.Aussi, au mariage de mon frère Claude, l’attirâmes-nous à la table des « jeunes » histoire d‘égayer quelque peu le banquet. Nous ne le regrettâmes point.
Au beau milieu du repas, avisant l’annulaire du marié dépourvu de l’anneau réglementaire, la chère créature s’exclama :
—Tu ne portes pas ton alliance, mon petit Claude ?
— Non, répondit l’intéressé : je déteste les bagues. Ça me gène pour dessiner.
Grimace désapprobatrice de tante Irma.
—Tu as tort :c’est un bon préservatif !
Prise d’un fou-rire inextinguible, la tablée entière plongea dans son assiette tandis qu’un de mes cousins remarquait placidement :
— Ça dépend où on la met.
Ce n’est que bien plus tard que nous comprîmes l’astuce. Par « préservatif », tante Irma entendait « signe destiné à préserver la vertu de l’époux en marquant publiquement le territoire de l’épouse ».
Le sens caché des mots m’étonnera toujours.