La fiancée de Frankenstein
Lorsque j’étais enfant, d’aucuns affirmaient que, suite à une grosse peur — un cauchemar, par exemple —, on pouvait blanchir en une nuit. Cette idée m’enthousiasmait. Une chevelure blanche, à dix ans, la classe ! Ou même juste une mèche, comme la fiancée de Frankenstein...
Le problème, c’est que des cauchemars, je n’en faisais pour ainsi dire jamais. Afin de remédier à ce grave handicap, je pris donc l’habitude, avant de m’endormir, de me raconter des histoires horribles, dans l’espoir qu’elles pertubent mon sommeil.
En vain ; je ne rêvais que de choses belles et douces.
Par contre, les abominations que j’inventais nourrirent mon imaginaire, de sorte qu’une fois adulte, c’est tout naturellement que j’abordai les sombres rives de l’épouvante. Ce qui n’altéra pas mes cheveux pour autant. A soixante-sept ans, après une bonne centaine de romans d’horreur, je suis toujours aussi brune qu’à dix ans.
Frustrant, n’est-il pas ?