Contraception
Quand Frédéric eut l’âge de lutiner les filles, je décidai de me conduire en mère responsable. Forte de ma propre expérience, j’achetai une boîte de Taro cap (ces demi-capsules dégradables, tapissées de gelée spermicide, très prisées dans les seventies comme alternative au préservatif. « Un contraceptif discret, d’un emploi facile, et efficace à 98% » assurait la notice.) Je rangeai la boîte dans le placard de la salle de bains, puis j’appelai mes fils — les deux, pour ménager la pudeur de l’aîné — et leur expliquai de quoi il retournait, avant de conclure :
— Si un jour vous en avez besoin, vous savez où ça se trouve. Inutile de m’en parler, c’est votre vie intime. Mais montrez-vous dignes de ma confiance ; je n’ai aucune envie d’être grand-mère avant l’heure !
La « leçon » terminée, les garçons s’esquivèrent, et je passai à autre chose, assez satisfaite de mon initiative.
Il n’en fut plus question durant des mois, voire des années. De temps à autre, je m’assurais qu’il restait des capsules dans la boîte. Leur nombre diminuait lentement mais sûrement, à un rythme que j’estimais tout à fait raisonnable — d’autant qu’Alex et moi en usions quelquefois, quand je tombais en rade de pilules. C’est à cette occasion, d’ailleurs, que je vérifiai la date de péremption.
Elle était largement dépassée.
Une montée d’adrénaline me coupa les jambes.
Rompant la loi du silence que j’avais moi-même instaurée, je m’ouvris de mes inquiétudes à Frédéric. Dès les premiers mots, il éclata de rire.
— Tes roudoudous ? T’en fais pas, j’y ai jamais touché. D’ailleurs, j’ai pas de copine.
— Mais… il en manque plusieurs.
— Je les ai filés à un pote.
— Il n’a pas eu de problème ?
— Non.
— Sûr ?
— Il me l’aurait dit, tu penses !
Bon, apparemment, ma négligence n’avait pas eu de fâcheuses conséquences . Je poussai un soupir de soulagement, puis m’empressai de renouveler le stock, en me promettant d’être désormais plus vigilante.
Ma fille Mélanie naquit neuf mois plus tard.