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grands moments de solitude 24 (tome 2)

                                           Les joies de la gastronomie

 

         A la même époque, avec les copines, nous avions créé un code linguistique. Entre autres gaudrioles, « Bouffer des escargots » signifiait « embrasser un garçon », et si on ajoutait « à l’ail », le message était clair : le Don Juan avait mauvaise haleine. Que de pauvres gamins, convaincus d’être irrésistibles, furent ainsi la risée de pécores surexcitées, pour avoir oublié de se brosser les dents !

         L’impunité que nous conférait ce code secret nous donnait toutes les audaces, si bien qu’un beau jour, au début du cours de flamand, je lançai à Claire, ma meilleure amie :

         — Alors ? Ta soirée d’hier s’est bien passée ?

  Super, répondit-elle. J’ai bouffé une tonne d’escargots.

  A l’ail ?

  Non, heureusement. 

  Vous n’aimez pas les escargots à l’ail ? intervint Sœur Godelieve, qui causait volontiers avec ses élèves. Vous avez tort, c’est délicieux : moi, j’en raffole.

  On mange ce genre de truc dans les couvents ? m’étonnai-je, faussement candide, tandis que la classe se tordait de rire.

  Dans les grandes occasions, oui. Quand monseigneur  l’évêque est venu inaugurer la chapelle, par exemple. C’est un fin gastronome, vous savez !    

         Cette remarque anodine mit fin à la conversation, nous épargnant de justesse des confidences salaces — ou que nous eussions interprétées comme telles. En revanche, les mœurs de Sœur Godelieve donnèrent lieu, désormais, à des plaisanteries d’un goût douteux qui firent les beaux jours de l’Institut Sainte Thérèse jusqu’à la fin de l’année scolaire.

 

 

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