La demoiselle à la fleur
Au début de notre vie commune, Sylvain m’avait offert un cadeau ravissant : un lampe en bronze 1920, représentant une longue jeune fille à la Mucha. D’un geste gracieux, elle brandissait une fleur en pâte de verre dans lequelle se trouvait l’ampoule. Durant des années, cette merveille orna ma table de chevet, puis un beau jour, elle tomba. La fleur se brisa, ainsi que la petite main porteuse de lumière. Dégoûtée, je la rangeai dans le carton des trucs à réparer.
Le temps passa. Nous quittâmes Paris pour nous installer au village. Et on stocka le carton dans une grange qui, quelques mois plus tard, fut cambriolée.
J’avais complètement zappé cet événement quand, dans un vide-grenier de la région, qu’aperçois-je, au milieu d’un tas de bric-à-brac ? Ma demoiselle de bronze. Estomaquée, je saute dessus, l’examine sous toutes les coutures... Aucun doute, c’est bien elle.
— D’où ça vient ? demandai-je d’un air détaché à la grand-mère qui tient le stand.
— Je n’en sais rien, répond-elle. Ce sont des affaires à mon fils.
Vais-je faire un scandale ? Hurler que cette lampe m’appartient ? Qu’elle m’a été volée ? Exiger qu’on me la rende sur le champ ? Non, je n’oserais jamais. En plus, je n’ai aucune preuve...
« Cette pauvre femme n’y est sûrement pour rien, raisonnai-je en moi-même. Et si ça se trouve, son fils non plus. Il a peut-être récupéré tous ces objets sans en connaître la provenance. Qui sait à la suite de quelles péripéties ma lampe a échoué ici ? »
Bref, je l’ai rachetée trois euros, après un bon quart d’heure de tractations. La grand-mère en voulait le double, mais elle a fini par céder. De mauvaise grâce, je précise.
— À ce prix-là, c’est du vol, l’ai-je entendue grommeler en me rendant ma monnaie sur cinq.