Belle de Nuits
Allez, pour une fois, je vais vous raconter une Solitude qui ne me concerne pas directement, mais fait partie de nos anecdotes familiales.
Mon lointain ancêtre, qui habitait Nuits-Saint-Geroges, avait trois filles surnommées « les belles de Nuits ». En tant que hobereau de province, il fréquentait les officiers de la garnison voisine, dont un certain Napoléon Buonaparte, caporal d’origine corse. La taille de ce dernier, ainsi que son accent à couper au couteau, faisaient de lui la tête de Turc de ses camarades — ce qui déplaisait à Ludovie, la plus jeune des trois sœurs. Elle le défendait donc bec et ongles, si bien que Napoléon la surnommait « mon bouclier charmant ». De là à demander sa main, il n’y avait qu’un pas — qu’il s’empressa de franchir.
— Pas question ! répondit mon ancêtre, indigné. Jamais je ne donnerai ma fille à un petit caporal sans avenir.
La belle Ludovie, qui faillit devenir madame Buonaparte, en compagnie de son fils Louis, mon arrière-grand-père.