Pierre
Au cours d’un de ses séjours chez nous, maman, tourmentée par notre athéisme recurrent, décide de prendre les choses en main. Elle expose la situation au curé de la paroisse, un dénommé Pierre, ma foi fort sympathique. À sa demande, il se présente chez nous et nous explique avec diplomatie que bon, si on ne croit pas en Dieu, no problemo : sa visite n’est pas professionnelle mais amicale. Dans ce cas... On l’invite à boire un p’tit coup, ce qu’il accepte sans hésiter.
— J’ai passé un fort agréable moment, nous dit-il en s’en allant.
— Reviens quand tu veux, lui répondons-nous.
Il ne s’en prive pas. Une amitié naît — sans que, par un accord tacite, la question religieuse soit jamais abordée. Pierre est un joyeux drille, il aime rire, plaisanter. Nos idées politiques se rejoignent. Bref, en dépit de sa soutane (que, d’ailleurs, il ne porte jamais), nous sommes sur la même longueur d’ondes.
Cette agréable relation durera plusieurs années.
Jusqu’à ce que Pierre fasse des avances à Olivier, âgé de douze ans.
Avances qui marqueront notre fils à vie, et dont il narrera les péripéties dans son album Pourquoi j’ai tué Pierre, illustré par Alfred.
En tentant de nous remettre dans le droit chemin, ma sainte femme de mère n’avait pas prévu ça.
Extrait de l'album "Pourquoi j'ai tué Pierre", d'Olivier Ka et Alfred, paru aux éditions Delcourt.