La vie en rose
Au mois de mai, mon village n’est qu’un buisson de roses. Les touristes viennent de partout pour l’admirer et, certains d’entre eux ne résistent pas à la tentation de couper une fleur, voire plusieurs. Ce qui, bien entendu, nous fout en rogne, vu qu’ils sont 60.000 tous les ans — c’est-à-dire plus destructeurs qu’une invasion de sauterelles.
Ma voisine d’en face a planté, le long de sa façade, un admirable rosier d’un mauve presque noir que je ne me lasse pas d’admirer. Or, un matin, qu’aperçois-je de ma fenêtre ? Une dame qui, sans vergoge, dépouille la merveille pour en faire un bouquet.
Bon, engueuler les gens, c’est pas mon truc. Mais là, franchement, ça craint, il faut que je réagisse. Que je prévienne au moins qui de droit pour que cesse le massacre.
Prenant mon courage à deux mains, je hurle à pleins poumons :
— Hugueeette ! Y a une bonne femme qui pique tes roses !
— Je sais, c’est ma sœur, répond la voix de ma voisine.
Oups, pardon.