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grands moments de solitude 156 (tome 2)

 

                                     Tout simplement des hommes

 

         A Paris, dans mon quartier, il y a des SDF. Tout un groupe. Des Africains, des Français bon teint, quelques Beurs, un Cambodgien. Ils ont élu domicile sur une petite place, à l'ombre des platanes. Du soir au matin, ils chantent, dansent, se disputent, font la manche. Vivent, quoi. Ou du moins essayent, avec le peu qui leur reste.

         Les riverains ont signé une pétition pour qu'on retire les bancs de la petite place. Histoire de les faire fuir. A partir d'un certain degré de misère, les bonnes gens estiment qu’on n’a plus le droit de s’asseoir.

         Les vieux qui squattaient jadis ces bancs publics, sont partis ailleurs. Avant, ils se parlaient, le temps d'une petite halte. Des courants de sympathie s'installaient entre les exclus et les retraités — ces autres exclus. Maintenant, plus de contact possible.

         Dans plusieurs villes de province, la mendicité a été interdite ; être dans le besoin est devenu un délit. Triste été, pour les sans ressources. Et qu'en sera-t-il de l'hiver qui se prépare? Quand il fait beau, on a tendance à oublier que ces éternels campeurs vont se trouver confrontés au vent, à la pluie, au gel, à la neige. Actuellement, ils dorment à même le sol, sur des matelas crasseux, mais en septembre, les nuits sont encore douces... Avec l'automne qui arrive, comment seront leurs nuits à venir ? Et les nôtres, lorsque nous penserons à eux ?

     D’ailleurs, tant que nous y sommes, si nous cessions de les désigner par ces trois lettres honteuses, SDF, pour les appeler tout simplement des hommes ? Notre regard sur eux changerait peut-être, non ?

 

 

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