Johnny got his gun
Bien qu’assez réfractaires a la dureté de son thème — que nous connaissions par les critiques— , nous ne pouvions rater ce film remarquable. Aussi, lorsqu’il passa rue de la Huchette, dans ce vieux cinéma meublé de bancs de square posés à même le trottoir, nous y précipitâmes-nous, Alex et moi. Peu de monde en ce soir d’automne ; un public silencieux, attentif, vibrant… et soudain, la scène qui vous coupe le souffle ! Consciente des besoins physiques de son patient (un soldat dézingué par une bombe, n’ayant plus ni bras, ni jambes ni visage, bref, privé de tout mode de communication, y compris avec son propre corps), l’infirmière glisse une main compatissante en direction de son pubis.
J’étais jeune, en ce temps-là, et encore si naïve que je n’en crus pas mes yeux. Aussi chuchoté-je à l’oreille de mon mari :
— Euh… Je rêve ou elle le branle ?
Malgré sa discrétion, ma question, émise à l’instant le plus poignant de l’intrigue, suscita dans la salle un immense éclat de rire.
Une manière comme une autre de libérer sa charge émotionnelle, je suppose.
Le pauvre Dalton Trumbo n’avait pas prévu ça…