Le sabre et le goupillon
A deux ans, Alix, le fils de Mélanie, mange les gendarmes, (ces insectes rouge et noir qui grouillent sous l’écorce des arbres, au printemps). Il les poursuit à quatre pattes dans les ruelles du village, et sitôt qu’il en attrape un, l’avale goulûment.
— Quelle horreur ! s’offusque une voisine. Crache ça, petit bonhomme, tu vas tomber malade !
— Ne vous inquiétez pas, m’esclaffai-je, il ne risque rien. Toute ma vie j’ai bouffé du curé, et j’ai toujours bon pied bon œil. Pour mon petit-fils, s’en prendre à la maréchaussée, c’est un réflexe héréditaire.
Stupeur de la dame dont le mari est flic et le frère franciscain.
— Alors là, s’il s’agit d’une affaire de famille, je ne dis plus rien…
Ainsi se fondent les dynasties et se détruisent les réputations, dans nos radieuses contrées.