Chapeau !
C’était à Bruxelles, au mariage du roi Baudouin. J’étais dans la foule massée autour de Sainte Gudule, avec mes parents, ma tante Ida et mon oncle Doudou. Cet oncle, personnage haut en couleur, se qualifiait lui-même « d’ancien Belge » (prélude systématique à la phrase fameuse de Jules César, dont il se gargarisait à l’envi : De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves). Chez lui, cette ancienne-belgitude se traduisait surtout par un patriotisme exacerbé.
Une fois son union bénie, le couple royal paraît sur le parvis de la cathédrale. La foule en délire crie : « Vive le roi ! Vive la reine ! ». Oncle Doudou hurle plus fort que tous les autres quand, soudain, sa voix se coince dans sa gorge. Il vient d’apercevoir un chapeau, planté sur une tête à quelques mètres de lui. Fendant la cohue à coups de coude, il le fait sauter d’un revers de main en tonitruant :
— On se découvre devant le roi, monsieur !
Puis, nous prenant fièrement à témoin :
— Vous avez vu comment je l’ai mouché, ce goujat ?
J’ai eu tellement honte que j’ai fait semblant de ne pas le connaître.