Nous, les amoureux
En 1961, Jean-Claude Pascal, au faîte de sa gloire, a un malaise sur scène en interprétant sa chansons fétiche « Nous, les amoureux ». En classe, on ne parle que de ça. Forcément : nous en sommes toutes « bleues », comme on dit alors.
— Qu’a-t-il bien pu lui arriver ? nous demandons-nous avec inquiétude.
— Il a trop fait l’amour, assure Agnès, une redoublante particulièrement délurée.
Je n’ai pas la moindre idée de ce que ça signifie, mais l’expression me plaît. Et elle convient au personnage, qui incarne à ravir le prince charmant de mes rêves.
Au repas suivant, toute fière de mon scoop, je claironne :
— Je sais pourquoi il s’est évanoui, Jean-Claude Pascal. C’est parce qu’il a trop fait l’amour !
Le résultat dépasse mes espérances. Mes deux grands frères s’étranglent dans leur potage, maman manque de lâcher la soupière, et papa me retourne une gifle en beuglant :
— Tu n’as pas honte ? Des horreurs pareilles, dans la bouche d’une jeune fille !
Moi qui voulais me rendre intéressante, c’est réussi.