Chapitre 14
Résumé des chapitres précédents : Charlie et Nora sont en route pour Paris, où le célèbre clown Boris a convoqué Charlie.
Voyage sans histoire. La 4L tient encore le coup, brave Titine, malgré son grand âge. Sur l'autoroute, ses performances ne dépassent pas le soixante, pied au plancher, mais comme dirait maman, « Chi va piano va sano ». Nora, en pleine forme, serine depuis des heures la même rengaine stupide : De toutes les matières, c'est la ouate que je préfère ! en la distordant dans tous les sens et en l'agrémentant de trémolos de son cru.
— T'as rien de plus récent ? grommelle Charlie.
De plus récent ? Ils n'ont ni télé, ni radio, ni ordinateur, ni lecteur de CD. Juste un vieux magneto de récup' et les cassettes qui vont avec.
— Qu'est-ce que tu veux que je te chante ? Petit papa Noël ?
— Par exemple, tiens, c'est de saison !
Le soleil étant de la partie — comme prévu par la météo —, ils roulent vitres baissées.
— Sens-moi ce fabuleux parfum de gazoil, rigole Charlie, en crachant son chewing-gum sur la route pour en reprendre un neuf aussitôt.
— Si tu cessais trente seconde de mâchouiller ? l'invective Nora. Depuis que t'as arrêté de fumer, t'es devenu un vrai ruminant.
— Tu préférerais que je chope un cancer ?
— Non... mais je te signale que l'abus de chewing-gum donne de l'aérophagie.
— Bah, les fenêtres sont ouvertes.
— Très délicat !
En représailles, elle retire ses chaussures et pose ses pieds nus sur le tableau de bord. Il a horreur de ça !
— Au moindre choc, tu te ratatinerais comme un accordéon.
— T'as qu'à conduire prudemment. Ma grand-mère disait que c'était le meilleur moyen d'éviter les varices.
— L'accordéon ?
— Non, les jambes en l'air.
Gloussement de Charlie.
— Alors, tu ne risque rien, rassure-toi. C’est ta position favorite, si je ne m’abuse...
— Très drôle ! T'en as encore beaucoup en réserve, des comme ça ?
— Plein. C'est mon métier, de faire rire, je te signale.
— Alors, t'aurais intérêt à renouveler ton répertoire : ça n'amuse plus personne, ce genre de vanne ringarde. Mon père n'aurait pas fait mieux.
— Moi, mes vannes, toi, tes chansons... On est des has been, de toute façon.
— À vingt-cinq ans, ça craint !
— Nous sommes les dignes représentants de la France profonde, mémère. (Voix tremblottante à la Michel Simon). Gaffe, la capitale, les provinciaux débarquent !
(A suivre)