Chapitre 76
Résumé des chapitres précédents : Bouleversée par le récit de Sylvain, Nora lui reproche sa sérénité. C’est vrai, quoi : des atrocités pareilles, on ne peut en parler qu’avec dans sanglots dans la voix. Ou alors, c’est qu’on n’a pas de cœur !
— Allons, remets-toi, la réconforte l'ange. Ça décape la première fois qu'on la voit, mais on s'habitue vite.
Il lui passe la main dans les cheveux, sans ostentation, comme à un chienchien.
— Ton café est froid.
Dans le couloir, un faible vrombissement. Les grandes roues rayonnées s'entendent à peine sur le parquet, mais le moteur fait un bruit de bourdon.
Le journal du matin est posé sur le buffet. Sylvain le prend, l'ouvre. Lit tout haut les principaux titres.
— Grève du métro... Manif à Bastille... Montée en puissance de l'extrême droite... Bavures dans les banlieues... Démentèlement d'un camp de roms près de Bordeaux... Deux charters pour la Tchétchénie...
Le vrombissement s'éloigne. Sylvain pose son journal.
— Je te ressers une tasse ?
— Merci, je pourrais rien avaler.
Il sourit avec indulgence.
— C'est joli, ce rouge. Ça te va bien... T'as l'air d'un coquelicot.
Nora baisse machinalement les yeux et, d'un coup, prend conscience du négligé de sa tenue.
— Excuse-moi, balbutie-t-elle. Faut que j'aille m'habiller.
Elle se rue dans sa chambre, clip-clop. Fonce sur ses frusques qu'elle superpose, vite vite, dans n'importe quel ordre. Puis, s'étant caparaçonnée — et ayant, de la sorte, recouvré son sang-froid —, elle annonce :
— Je m'occupe de la vaisselle !
Mais, dans la cuisine, il n'y a plus personne.
(A suivre)