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FOLLE D'AMOUR

Chapitre 120

  

Résumé des chapitres précédents : Tiens ? Bobo a changé de numéro. Au lieu de cracher du feu, il supplie qu’on l’aime. Ça marche, ce genre de truc ? 

 

         Bobo scrute toujours le petit visage impénétrable qui lui fait face. Lèvres ardentes et hermétiquemet closes, mèches dans les yeux. Ivoire des pommettes anémiées. Cou d'une précarité pathétique. Sans compter ce déhanchement qui la fait tanguer jusque dans l'immobilité.

         — Aimez-moi ! hurle-t-il en tombant à genoux.

         Il joint les mains.

         — Je vous en supplie, je suis au bord du gouffre. Rien qu'un peu de tendresse, une miette, une aumône. Par pitié !

         Nora, toute droite. Les pièces s'amoncellent. Les chants sont à leur comble. La lune, d'une rondeur parfaitement implacable. Quelques personnes se marrent. Nora toute droite, figée, glacée. Hypnotisée.

         Bobo, ratatiné en position fœtale :

         — Aimez-moi !

         De plus en plus faible et vagissant.

         — Aimez-moi.

         Presque inaudible.

         — Aimez-moi, je vous en supplie.

         Les gens :

         — Bravo !

         Bobo ne bouge plus mais son œil, vitreux, est planté dans Nora.

         Au bout d'un moment :

         — C'est fini, disent les gens.

         Et ils s'en vont.

         Nora, immobile. Bobo, immobile aussi. Ça pourrait durer des heures, des siècles. Un Black, en solo, chante un blues. Insensiblement, on a changé de rivages. Non loin coule le Mississipi.

         Nora pense à Yvette, à Florida, à miss Monde, à Ave Maria. À Benjamin. À Charlie. Charlie, Charlie, tes bras autour de moi et fermer les yeux.

         Dieu, qu'il fait froid !

         Tes bras autour de moi, Charlie, et avoir chaud.

         Elle tend la main à Bobo.

         — Viens.

         Il se relève.

         — Où on va ?

         Sans répondre, elle l'entraîne. Le froid insupportable. L'angoisse. Elle tremble de la tête aux pieds. Les chants continuent sans eux.

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