Chapitre 124
Résumé des chapitres précédents : À la terrasse du Bar du Cirque, Nora guette la sortie des Grumeaux, dans l’espoir
d’apercevoir son sien.
Une heure et quelques plus tard, le spectacle se termine. Nora scrute à s'en décoller la rétine le public qui
reflue à présent par les portes grandes ouvertes.
« Charlie est là, il est là, je le sais. Le tout est de ne pas le louper. C'est si peu de chose, un
homme dans la foule... »
Après une première fournée très dense, le flot se fluidifie, puis se clairsème. Les derniers retardataires
traînaillent en discutant. La caissière ferme derrière eux.
Pas de Charlie.
Pas le moindre Charlie.
Pas le plus petit atome, le plus petit soupçon de Charlie.
Du fond de sa déception, Nora admet que c'était à prévoir. Elle avait oublié un détail : tous les théâtres
ont, à l'arrière, une sortie des artistes dont la fonction est claire : éviter aux vedettes de se mêler à la cohue et d'être harcelés par leurs admirateurs.
Par leurs femmes, aussi.
Ces harceleuses.
Ces empêcheuses d'exister.
Ces briseuses de talents.
Ces boulets, ces chaînes, ces mantes religieuses.
— Nora ? Que fais-tu ici ?
Elle sursaute. À travers ses yeux brouillés de larmes, elle ne l'avait pas vu venir.
— Boris !
Lui-même, en chair et en os. Encadré par ses deux acolytes, Flip et Galapia, plus un troisième, l'imprésario
sans doute. Ou le régisseur. Ou un simple copain.
— Installez-vous, je vous rejoins, leur lance-t-il.
Il s'avance vers Nora et s'assied à sa table. Elle ne sait plus où se fourrer.
— Charlie n'est pas avec vous ? demande-t-elle dans un souffle.