• ZOÉ BORBORYGME

    Episode 85

                Résumé des chapitres précédents : Chouchou, comme l’avait deviné Zoé — et vous, par conséquent — est bien composé de bouts de cadavres. Le docteur Branquenstein vient de le confirmer.

     

             — Comment vous les êtes-vous procurés ? s’enquit Zoé, la gorge sèche (en dépit de son double whisky).

             — Rien de plus simple : il ne manque pas de malfrats prêts à déterrer n’importe quel cercueil, pourvu qu’on y mette le prix. Chouchou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est constitué des meilleurs morceaux d’une bonne vingtaine d’individus — tous décédés de mort violente, je tiens à le préciser. De la récup’, en quelque sorte. Des défunts impossibles à ressusciter en l’état...

             Zoé se mordilla les lèvres. Quelque chose lui échappait.

             — Vous ne prétendez quand même pas...

             — ... être capable de faire revivre un mort ? Bien sûr que si ! A condition qu’il soit intact, évidemment. Qu’il ne lui manque aucun organe, qu’il ne soit corrompu ni par la maladie ni par un accident, qu’il ne soit pas trop vieux, pas trop jeune non plus, et de préférence en excellente forme physique.

             — Ça ne fait pas beaucoup de monde.

             — Comme vous dites. D’autant que le traitement coûte bonbon aux familles, et que je ne garantis pas sa fiabilité. La plupart de mes patients ne bénéficient que d’un sursis éphémère, quelques jours, voire quelques semaines, avant de repartir pour l’Au-delà.

             — À quoi ça sert, alors ?

             — Certaines personnes donneraient n’importe quoi pour un petit peu de rab avec l’être aimé. Rappelez-vous la chanson d’Edith Piaf : « Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu / Laissez-le moi encore un peu mon amoureux / Un jour, deux jours, dix jours / Laissez-le moi, oh seulement un mois ».

             — C’est reculer pour mieux sauter, non ? 

             — Il y a aussi les histoires d’héritage. Quelqu’un qui meurt sans testament laisse souvent ses héritiers dans l’embarras. Une résurrection, même de courte durée, lui permet de réparer cette négligence. La plupart de mes interventions ont ce caractère administratif, assez frustrant affectivement. D’où mon désir d’aller plus loin...

                                                                                                                             (A suivre)


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 24 Octobre 2012 à 09:02
    Benoît Barvin
    Piaf et sa voix de velours (un peu, quand même)... L'Administration tueuse de rêves... Des cadavres en veux-tu en voilà (je vous en mets une douzaine?)... Miam miam miam... Cette seconde partie des z'aventures de Zoé me plait toujours autant...
    2
    Jeudi 25 Octobre 2012 à 02:53
    Castor tillon
    Un serial killer qui travaille proprement va pouvoir doubler son rendement sans plomber exagérément son capital karmique.
    Le doc est aussi un sauveteur de l'artisanat.
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:41
    gudule
    Ah, que ferais sans ton commentaire du matin, Benoît ! Allez, je vais réfléchir à l'épisode suivant. Mais j'ai déjà ma p'tite idée, hé, hé, hé...
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:41
    gudule
    Tu es la sagesse même !
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