• ROSE 88

     

     

                                       L’ATELIER

     

             Elle chasse aussitôt cet affreux soupçon.

             « Je le saurais, voyons ! Rachad me l'aurait dit, hier. N'empêche que… »

             Elle tend l'oreille.

             « … c'est tout de même étrange que je ne l'aie même pas entendue pleurer, cette petite. »

             En proie à une perplexité qui va croissant, elle poursuit son exploration. Et pénètre dans le salon.

             Ce qu'elle y découvre lui coupe la respiration.

             Car le salon n'en est plus un. Table basse et fauteuils ont disparu. À leur place, un lit — pas fait — et des tableaux, des tableaux, des tableaux… 

    Rose a un mouvement de recul involontaire. Oh, elle reconnaît la griffe de Rachad, ses obsessions cosmiques. Mais le rêve galactique a viré au cauchemar. Les boules de couleur qui, jadis, évoquaient des constellations disséminées dans l'espace, se regroupent à présent pour former des visages. D'immenses faces de bébés au regard vide, posées, telles des planètes, au fond du firmament. Le tout dans une gamme de couleurs sourdes, à dominante de noir et de vert vénéneux.

             Quelles monstrueuses angoisses son beau-frère, si peu enclin à se plaindre,  a-t-il exorcisées ici ? De quels tourments morbides s'est-il débarrassé ? Rose l'imagine, à la nuit tombante, halluciné, écumant, extirpant de ses tripes les démons qui le rongent pour les jeter sur la toile.

             Peut-être crie-t-il de douleur, durant cet "accouchement"? Lui dont le stoïcisme est proverbial, peut-être se roule-t-il par terre en hurlant ?

             L'insoutenable vision arrache une plainte à Rose. Elle referme aussitôt la porte, avec le sentiment d'avoir, telle la femme de Barbe-Bleue découvrant le charnier de son époux, surpris un secret atroce. Et, le cœur en déroute,  elle s'empresse de retourner à ses si rassurantes préoccupations matérielles.

             « Tout ça, c'est bien joli, mais en attendant, mon pauvre Olivier a le derrière trempé. Et après, bonjours les rougeurs ! Il faudrait que j'aille chez moi chercher quelques affaires, mais je n'oserais jamais. Mona m'y attend peut-être, et après ce qui s'est passé… »

    Elle frissonne.

    « … l'affronter est au-dessus de mes forces. »

    Que faire alors ?

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 29 Mars 2014 à 12:27
    Ryko
    Ah. Si Omane était là, elle t'aurait mis le lien comme il faut. Vite fait bien fait.
    2
    Samedi 29 Mars 2014 à 14:07
    Tororo
    Dur de pas pouvoir dé-voir ce qu'on a vu (ou faire dé-exister ce qui existe). Même pas sur internet, on peut.
    3
    Samedi 29 Mars 2014 à 15:10
    Ryko
    Aïe ! Ouille ! L'épouvantable lapsus. Je voulais dire "si Mona était là".
    Noon. Pataper !
    4
    Samedi 29 Mars 2014 à 15:43
    Pata
    Que faire ? Ben réveiller Omane tiens !

    De toute façon, rien qu'en entrant dans sa maison, elle l'a déjà un peu extirpée de sa torpeur :))
    5
    Samedi 29 Mars 2014 à 23:44
    Castor tillon
    Et voilà : il y en a une qui est allée se coucher l'âme en paix et la bouche en coeur, en laissant une cacophonie de points d'interrogation de lecteurs derrière elle. Le sadisme de ces auteurs, pff.
    6
    Samedi 29 Mars 2014 à 23:52
    Castor tillon
    Et la petite, elle est OÙ ?!?
    7
    Samedi 29 Mars 2014 à 23:52
    Castor tillon
    Hein.
    8
    Dimanche 30 Mars 2014 à 08:56
    Gudule
    Castor,je te sens stressé, là. Non, hein, pas toi !?
    9
    Dimanche 30 Mars 2014 à 08:59
    Gudule
    @ Tororo : il y a même des trucs qui vus restent scotchés dans la cervelle jusqu'à la fin des temps ! Des traumas, ça s'appelle.
    10
    Dimanche 30 Mars 2014 à 09:00
    Gudule
    @ Pata : ce serait une solution, remarque...
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