• ROSE 78

     

     

     

                            TROUBLANT CONSTAT

     

    On ne peut pas toujours nier l'évidence. Suite à ce qu'elle a, bien malgré elle, surpris, Rose se pose des questions qui, jusque là, ne l'avaient pas effleurée (ou à peine). Qui est réellement Mona Aoun ? Pourquoi s'obstine-t-elle à lui rendre service, alors que rien ne l'y oblige ? Quelles sont les véritables motivations de cet altruisme aussi suspect que débordant ? En mettant bout à bout des remarques lancées au hasard, des bribes de conversation, des regards furtifs — mais si éloquents, pour peu que l'on prenne le temps de s'y attarder — et surtout les paroles de cette nuit, la conclusion s'impose d'elle-même : Mona est amoureuse d'elle.

    Enfin… amoureuse n'est peut-être pas le mot exact, mais en tout cas, son attachement dépasse largement le cadre de la simple amitié.

                  « Ni Têta, ni madame Izmirlian, ni même Omane ne se sont comportées comme ça vis-à-vis de moi, raisonne-t-elle. Elles m'aimaient, certes, mais pas d'une manière aussi exclusive, aussi… extrême ! »

    Cette prise de conscience la consterne et la trouble à la fois. Comment elle, la Rose si farouchement indépendante, a-t-elle permis que s'installe une telle situation ?

    « J'ai laissé Mona s'approprier ma maison, mes enfants et moi-même sans rien faire pour l'en empêcher, se reproche-t-elle. Je la remerciais, au contraire. Je lui livrais mes pensées les plus intimes, mes désirs les plus secrets… Gourde que je suis ! Pas étonnant qu'elle ait cru que "c'était arrivé". Et pour m'en dépêtrer, maintenant…»

                   En proie à une parano galopante, la voilà qui en rajoute, qui extrapole. Qui devient aussi suspicieuse qu'elle s'était montrée confiante auparavant. Qui se sent prisonnière du cocon de bien-être tissé autour d'elle par celle qu'elle surnomme à présent l'(a)mante religieuse…

    « Il faut que je réagisse, et vite, avant qu'il soit trop tard, décide-t-elle. Sinon, on s’en mordra les doigts, comme dirait ma mère ! »  

    Et, illico presto, elle va trouver Mona. Celle-ci l'accueille d'un sourire :

    — Je t'ai préparé du kebbé*.

    Rose tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant d'interroger :

    Mona, pourquoi fais-tu tout ça ?

     

                                                                                        * Kebbé : pain de viande au boulgour

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 19 Mars 2014 à 08:52
    Tororo
    La plupart du temps, quand on tourne sa langue dans sa bouche tout en se mordant les doigts, on finit par se prendre les pieds dedans.
    2
    Mercredi 19 Mars 2014 à 09:44
    Pata
    "L'amante religieuse"... Très joli mot !

    Mais Rose n'est pas du genre à se laisser digérer suite à une mauvaise gestion de ses distances amicales !

    Par contre ça serait une jolie fin pour une histoire ça, une héroïne qui disparait physiquement, dans des bruits de déglutition... Mais tiens ? J'ai l'impression d'avoir déjà lu ça !! ;)
    3
    Mercredi 19 Mars 2014 à 09:52
    Ryko
    Hou là là.
    4
    Mercredi 19 Mars 2014 à 11:16
    Annie GH
    Je partage le commentaire de Tororo…
    5
    Mercredi 19 Mars 2014 à 12:44
    Mêo
    Comme Annie
    6
    Mercredi 19 Mars 2014 à 12:50
    Gudule
    Ah, Pata, on ne peut rien te cacher, à toi...
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