• ROSE 146

     

     

    UN NOUNOURS NOMMÉ JEAN TARDIEU

     

                                      

                                      

    Quand ze serai grand, ze veux être clown, annonce Grégoire.

    En voilà une idée !

    Comme le mari de ma maîtresse.

    Rose lève les yeux au ciel.

    Qu'est-ce que c'est encore que cette invention ?

    En fait, ce n'en est pas une. Le mari de Lili est réellement clown, confirmation lui en est donnée par l'intéressée elle-même. Celle-ci précise qu'il est membre d'une troupe, Les Clounes — « ah ! ah ! » s'esclaffe Rose —, qui est en train de s'imposer dans le milieu du spectacle.

    — Ils ne se contentent pas de faire les andouilles sur scène, explique la jeune femme aux dents de castor, mais ont un vrai discours, des sketchs structurés. À travers leurs grimaces et leurs cabrioles, ce sont les aberrations de la société qu'ils dénoncent. Vous devriez venir les voir : ils passent le 23 au théâtre Jean Tardieu, à côté de la bibliothèque.

    Ça me plairait bien, dit Rose, mais…

    Mais ?

    Comment avouer que trois places (même deux, Olivier ne paie peut-être pas encore ; même une et demie, à la limite) grèverait lourdement son modeste budget ?

    L'institutrice n'est pas idiote ; elle a compris.

    — J'ai droit à quelques billets gratuits, si vous voulez en profiter…

    Dans ce cas, ce sera avec plaisir.

     

    Cette conversation n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Si bien que, le soir même :

    — Dis bonzour à Zantadieu, serine Grégoire à son frère. 

    Bredouillis incompréhensible d'Olivier.

    — Zan-ta-dieu, articule Grégoire. Allez, répète après moi : Zan-ta-dieu !

    Intriguée, Rose s'approche.

    Qu'est-ce que tu racontes ?

             — Ze veux qu'Olivier dit bonzour à mon nounours, explique Grégoire.

    — Ton nounours s'appelle Jean Tardieu ?

    — Oui, comme le mari de ma maîtresse.

    Rose, morte de rire :

    — Le mari de ta maîtresse ne s'appelle pas Jean Tardieu, c'est le nom du théâtre où on va aller le voir. Et c'est aussi celui d'un grand poète — qui a écrit un truc très drôle, intitulé Conversation. Attends que je m’en souvienne… Comment ça va sur terre ? Ça va, ça va bien. Les petits chiens sont-ils prospères ? Mon Dieu, oui, merci bien. Et les nuages ? Ça flotte. Et les volcans ? Ça mijote. Et votre âme ? Elle est malade, le printemps était trop vert, elle a mangé trop de salade… J'ai oublié le reste.

    De l'index, elle chatouille le nez de son fils aîné.

    — N'empêche, je crois que tu es le seul petit garçon au monde qui ait donné un nom de poète à son nounours.

    Ma parole, ça la rend toute fière !

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 26 Mai 2014 à 06:47
    Tororo
    La rose tombe jamais loin du rosier.
    2
    Lundi 26 Mai 2014 à 12:10
    Castor tillon
    Mon petit cochon-doudou s'appelle Face-de-Bacon. Ça semblerait indiquer qu'un petit garçon de cet âge est bien plus cultivé que moi qui suis nourri aux vieux clichés culinaires anglo-saxons.
    3
    Lundi 26 Mai 2014 à 13:01
    Castor tillon
    Il avait qu'à pas se pencher, le cochon.
    LES COCUS AU BACON !
    4
    Lundi 26 Mai 2014 à 17:44
    Annie GH
    Dites donc, l'institutrice de Grégoire, c'était pas la sœur de Castor, par hasard ?
    5
    Mardi 15 Juillet 2014 à 08:42
    Pata
    Voilà, c'est bien à ça qu'on re"connait un fils d'écrivain !

    Si Grégoire avait été l'enfant d'une mécano, il aurait sans doute appelè son doudou "Jante alu" !
    6
    Gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:25
    Gudule
    Oh, le joli proverbe ! Je ne le connaissais pas, çui-là !
    7
    Gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:25
    Gudule
    Oui, mais comme dirait Tororo, le cochon ne tombe jamais loin du bacon
    8
    Gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:25
    Gudule
    - Ciel, une émeute !
    - Non, Sire, une révolution !
    9
    Gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:25
    Gudule
    Je me suis posé la question a posteriori.
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