• ROSE 116

     

     

    ÉTIENNE (BIS)

     

    Après le repas :

    — Va donc rendre une petite visite aux Lambermont pendant que je couche tes fils, dit tante Ida.

    — Tu crois ? hésite Rose.

         — Je ne crois pas, je suis sûre. Nous, on a prévu une bataille d’oreillers, n'est-ce pas les enfants ? Et on n'a pas besoin d'une rabat-joie.

    — Ouiii, va-t'en, maman ! piaffe Grégoire, tandis qu'Olivier s'égosille en écho :

    — Atamama !

    Dûment mise à la porte, Rose s'exécute en se demandant pourquoi diable elle n'est pas venue directement ici au lieu d'aller s'enterrer à Bruxelles.

    — Quand je pense qu'Ida est la sœur de ma mère, marmonne-t-elle, tout en traversant le jardin envahi par les ombres bleues du crépuscule. Deux êtres plus différents, ça ne doit pas exister. 

    Le trou qu'elle avait creusé, gamine, dans la haie — pour ne pas utiliser le portail de la grand-route, trop dangereux à son goût —, existe toujours. Une petite barrière le ferme, à présent. Elle donne directement sur le chemin de terre, pompeusement dénommé "rue Gaillard-cheval", qui longe l'ancienne briqueterie reconvertie en champ de luzerne. La première maison à droite, c'est celle des Lambermont. Que de fois, au lever du jour, Rose s'est plantée sur le seuil, la tartine à la main, en criant à tue-tête :

    — Etieeeeenne, tu viens jouer ?

             Les rideaux de l'étage s'écartaient alors sur une tignasse ébouriffée, et une voix pâteuse ânonnait:

    — C'est bien trop tôt !

    — Trop tôt pour aller jouer ? s'indignait Rose, à qui les vacances semblaient toujours trop courtes.

             Parfois, Etienne se rendormait, et Rose en était réduite à l'attendre, assise sur le gazon, en regardant passer les hirondelles. Mais la plupart du temps, il venait la rejoindre et ils partaient, main dans la main, se promener dans les prés scintillants de rosée, toujours escortés de Kiki, le petit zineke* des Lambermont.

    — Etienne et Kiki, c'est Tintin et Milou, disait souvent Rose.

    Quand son chien est mort, Etienne a pleuré comme, sûrement, aurait pleuré Tintin s'il avait eu le malheur de perdre Milou.

     

                                                         * Zineke : bâtard en bruxellois

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 26 Avril 2014 à 11:32
    Castor tillon
    Il n'est jamais trop tôt pour aller jouer. Y a un casino, dans ce bled ?
    2
    Samedi 26 Avril 2014 à 12:55
    Annie GH
    Castor, hihihi !!! et pourquoi pas la roulette russe pendant que tu y es ! Sûr, tu masques ton émotion (!!!) en galégeant comme on dit dans le sud ;-)
    3
    Samedi 26 Avril 2014 à 12:55
    Annie GH
    Ben moi, les amours d'enfance, ça m'a toujours un peu émue !
    4
    Samedi 26 Avril 2014 à 13:47
    Gudule
    Bah, les amours de vieux, c'est sympa aussi !
    5
    Samedi 26 Avril 2014 à 23:38
    Annie GH
    Certes, certes !!!!!!!
    6
    Vendredi 2 Mai 2014 à 19:28
    Pata
    Espérons que pour ce qui est d’Étienne, les souvenirs ne soient pas altérés par leur confrontation avec la réalité, comme ce fut le cas chez sa mère...
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