• ROSE 113

    SAUVÉE !

     

       L'arrivée d'Amir, quelques jours plus tard, met heureusement un terme à l'escalade. Dans ses bras, Rose retrouve un semblant de paix, pleure beaucoup, râle énormément. Et le somme de la tirer illico du bourbier dans lequel elle s'enlise.

             Il s'y emploie bon an mal an, avec l'aide de son beau-père que la dégradation des relations entre "ses femmes" tracasse de plus en plus.

    — Elles sont aussi intolérantes l'une que l'autre, lui explique ce dernier, dans l'un de leurs rares moments de tête-à-tête. Comment veux-tu qu'elles s'entendent ? Chacune s'enferre dans ses convictions, en refusant d'office le moindre compromis. Suzanne en rajoute dans le côté martyre-dévouée-incomprise, Rose nous rejoue la séquence de l'adolescente en crise, et les gosses se retrouvent tiraillés entre les deux. Ça ne peut pas durer.

    — Que faire, alors ? se désole Amir. Rien n'est prêt, à Paris, pour les recevoir, et j'ai du travail par-dessus la tête. Si seulement Rose voulait faire un effort, tenir encore un mois ou deux.

    Ça, n'y compte pas. Je… Oh, nom d'un chien !

    D'un coup, les traits de Marcel se sont illuminés. Archimède devait avoir cette expression lorsqu'il jaillit de sa baignoire en criant : « Euréka ».

    — Qu'est-ce qu'il y a ? s'empresse son gendre.

    — Je viens peut-être de trouver LA solution.

    Il marque un temps d'arrêt pour ménager le suspense puis, tel le prestidigitateur sortant un lapin de son chapeau :

    — La tante Ida, énonce-t-il, en détachant glorieusement chaque syllabe.

    Ça, ce n'est pas une mauvaise idée.

    C'en est même une excellente ! À peine émise, la proposition suscite l'enthousiasme de Rose. Suzanne, en revanche, est plus mitigée.

    — Ma sœur vieillit, elle a du diabète, objecte-t-elle. On ne peut pas lui imposer une charge pareille.

    Je l'aiderai, dit Rose.

    Petit ricanement incrédule :

    — Mouais… je t'ai vue à l'œuvre. Tu balsines*, tu brasses de l'air, mais pour ce qui est de poigner* dans l'ouvrage…

    — Forcément, tu me rabroues sans cesse sous prétexte que je fais tout de travers.

    — Si vous appeliez Ida au lieu de vous chamailler ? s'interpose Marcel. C'est à elle de décider, saperlipopette !

    L'intéressée, consultée, applaudit. Elle se sent si seule, depuis son veuvage… La présence de sa nièce et de ses petits-neveux mettra un peu d'animation dans sa "grande baraque vide"!

    Lors, en dépit des réserves de Suzanne — qui supporte mal d'être dépossédée de sa descendance, fût-ce au profit de sa propre sœur —, Rose boucle ses bagages.

    — Nous t'emmènerons lundi à Liège, après avoir reconduit ton mari à la gare, décrète Marcel.

    Tu n'ouvres pas le magasin, ce jour-là ? 

    Non, c'est le 1er mai.

     

    Ainsi font-ils. De sorte qu'en dépit du départ d'Amir, de l'avenir incertain et de l'amertume des huit derniers jours, Rose a le sourire. Un sourire un peu fragile, il est vrai. Légèrement crispé. Mais qu'elle gardera, plaqué sur ses traits, jusqu'à destination.

     

     

    * Balsiner : traînailler

    * Poigner dans l'ouvrage : foncer dans l'ouvrage

                             

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 23 Avril 2014 à 08:08
    Mêo
    J'adore l'expression poigner dans l'ouvrage !
    Tu balsines aussi c'est joli. C'est pas gentil de le dire à Rose mais c'est joli.
    2
    Mercredi 23 Avril 2014 à 08:14
    titoulematou
    ce livre paraitra-t-il en librairie? je n'aime pas trop lire des livres sur une écran... je préfère les bons vieux livres papier!
    3
    Mercredi 23 Avril 2014 à 09:31
    Pata
    On ne badine, ni ne balsine avec le travail, non mais !

    N'en déplaise au correcteur d'orthographe, je trouve ce mot très joli, très coloré... M'enfin là, pour le coup, c'est p't'être à cause du dit correcteur ^^
    4
    Mercredi 23 Avril 2014 à 10:00
    Annie GH
    J'adore jurer avec saperlipopette ! et ce papi qui trouve une issue à ce qui était bien parti pour être une impasse…
    5
    Mercredi 23 Avril 2014 à 18:24
    Gudule
    Oh, je vois que tu es sensible au charme du wallon, Mêo. C'est une langue qui vient en ligne directe du vieux français, et de nombreux mots sont, en réalité, des onomatopées. Pleuvoir : dracher, pleurer : tchouler, mignon : binamé, etc (tu vas avoir l'occasion d'en voir beaucoup dans les prochains épisodes de Rose.
    6
    Mercredi 23 Avril 2014 à 20:06
    Gudule
    @ Titoulematou

    Je ne pense pas que les tomes 4 et 5 de Rose sortent en librairie.Comme je l'expliquais avant la publication en ligne de "Le rose et le noir", les trois premiers tomes sont sortis aux éditions Grasset ("La vie en Rose", "Soleil Rose" et "La Rose et l'Olivier") mais l'éditeur n'a pas voulu dépasser ces trois tomes, et comme il détient les droits, je n'ai pas pu publier les deux derniers ailleurs.
    7
    Jeudi 24 Avril 2014 à 01:30
    Mêo
    Chic, c'est chouette le vieux français. C'est comme le parler québécois, ça croustille.
    8
    Jeudi 24 Avril 2014 à 01:30
    Mêo
    Mince, ce n'est pas de jeu. Si l'éditeur ne veut pas les autres tomes, il devrait te laisser le droit de les publier ailleurs !
    9
    Jeudi 24 Avril 2014 à 05:59
    Tororo
    Ah! Le premier Mai... il arrive à point, celui-là!
    10
    Jeudi 24 Avril 2014 à 07:21
    Gudule
    Comme chaque année, tu remarqueras.
    11
    Jeudi 24 Avril 2014 à 07:28
    Gudule
    @Mêo : c'est plus compliqué que ça : j'ai le droit de publier les tomes 4 et 5 où je veux, mais si je ne peux pas sortir lz série complète chez le même éditeur, quel intérêt ? Qui voudrait d'une série commencée ailleurs (surtout quand on sait que le tome 1 se vend toujours cinq fois plus que les suivants, ces derniers n'étant, après tout, qu'une suite ? Non, ce qu'il aurait fallu, c'est que Grasset cède les droits des trois premiers au livre de poche pour que les lecteurs puissent se procurer la série complète (ou alors, qu'ils rééditent les cinq tomes en un seul volume.
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