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                               LA GUERRE DES BUS

     

             « Olé ! » glousse mémé Georgette, en frappant dans ses mains.

             J’ouvre des yeux ronds.

             « Ben... qu’est-ce qu’il t’arrive ?

             —Tu ne devineras jamais ce qui est inscrit, depuis début janvier, sur le flanc des bus barcelonnais.

             — Non, quoi ?

             — Dieu n’existe probablement pas. Arrête de t’inquiéter et profite de la vie. 

             — C’est une pub ?

             — En quelque sorte : une campagne financée par un collectif d’athées qui en ont marre de l’emprise de la religion sur leurs concitoyens. Du coup, tous les athées d’Espagne se mobilisent, les fonds affluent. Il y a déjà 13.000 euros dans la cagnotte, ce qui va permettre d’étendre l’opération à Madrid et Valence, et peut-être même à Saragosse et Bilbao.

             — Marrant... Et les curés, ils réagissent comment ?

             — Le porte-parole de l’archevêché de Barcelonne a déclaré, dans un communiqué de presse, que « la foi n’est pas un obstacle à jouir honnêtement de la vie », tandis que les associations intégristes dénoncent « une campagne de haine contre la religion ». Mais le plus drôle, c’est la réponse de l’Eglise Evangéliste du sud de Madrid qui, aussi sec, a loué les mêmes emplacements publicitaires, sur lesquels on peut lire :  « Si, Dieu existe ! Profite de la vie avec le Christ ! ». Tu imagines les regards que doivent échanger les passagers des bus adverses, quand ils se croisent ?

             — Tu penses que les catholiques ne montent que dans les bus pro-catholique, et vice versa ?

             — On peut l’imaginer... En tout cas, qu’ils le veuillent ou non, ça les oblige à communiquer d’égal à égal, ce qui est rare dans un pays croyant à 80% !

             — Et qu’est-ce qui se passerait si les deux bus se fonçaient dessus ? »

             Mémé Georgette éclate de rire. 

             « Le vainqueur réclamerait les oreilles et la queue de son adversaire, je suppose ! »


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                                Sonda mé, sonda mé, mucho !

     

             « 59%, râle mémé Georgette. Si c’est pas malheureux !

             —59% de quoi ?

             — De Français qui estiment que Rachida Dati n’aurait pas dû retourner bosser cinq jours après son accouchement... Franchement, qu’est-ce qu’on en a à battre ?

             — Ben... les femmes ont peur que leurs patrons en profitent pour sucrer une partie de leurs congés maternité.

             — Quand ils leur verseront des salaires de ministres, on en reparlera... Mais ce n’est pas tant ça qui me gène que le procédé.

             — Quel procédé ?

             — T’as déjà réfléchi à ce que c’est, un sondage ? On prend une poignée de clampins — toujours les mêmes, je suppose : ceux qui acceptent de répondre —, on leur pose une question à la con et, partant de là, on affirme haut et fort qu’un certain pourcentage de la population pense ceci ou cela. C’est le summum de la malhonnêteté ! »

             A y est, voilà mémé qui monte sur ses grands chevaux !

             « D’autant que, dans les médias, les sondages tiennent souvent lieu d’information, et influencent l’opinion publique. Quand on n’a pas d’opinion personnelle, on se rallie à celle de la majorité, n’est-ce pas ! En gros, cette gigantesque fumisterie est surtout un  outil de manipulation.

             — Tu exagères, mémé !

             — À peine... Je suis sûre que les sondages préélectoraux ont un véritable impact sur les votes. En tout cas, c’est une manière imparable de propager les idées les plus dangereuses — ou les plus saugrenues. Tu ne connais pas la dernière ?

             — ?

             — Un institut japonais vient de découvrir, en sondant 1.500 personnes, que les jeunes qui ne prenaient pas de petits déjeuners perdaient leur virginité deux ans plus tôt que les autres.

             — Non !?

             — Si ! Et à la question « Pensez-vous que c’est du foutage de gueule ? » 32% des Français interrogés ont répondu « oui », 45%, « non » et les 23% restants ne se prononcent pas... »

     


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                                     La raison du plus con...

            

    « Bordel de merde ! s’écrie mémé Georgette d’un air catastrophé. Ça y est, désormais, les chasseurs sont officiellement protecteurs de l’environnement.

    — Hein ?! Tu veux parler de ces espèces de tarés qui dézinguent tout ce qui bouge, de début septembre à fin février ?

    — Eux-mêmes, oui ! Ceux qui se déguisent en rambos pour tirer des faisans d’élevage... Ceux qui décrètent « nuisibles » des animaux inoffensifs, pour pouvoir les tuer même hors période de chasse... Ceux qui accouplent les sangliers avec des truies (dont les portées sont trois fois supérieures, en nombre et en fréquence, à celles des laies) et s’étonnent que les bêtes en surnombre ravagent les cultures...

    —  Mais... c’est n’importe quoi !

    — Comme tu dis ! Sous l’égide du sénateur UMP Ladislas Poniatowski, l'Assemblée nationale a voté un texte destiné à développer ce noble sport chez les jeunes. En gros, primo, en 2009, le prix du permis de chasse va baisser — permis qui, en cas d'infraction, ne pourra plus être retiré d’office, mais uniquement sur décision du juge. Deuzio, les fédérations de chasse, promues « gestionnaires de la nature », seront consultées lors des projets d'aménagement du territoire. Et, troizio, toute action de sabotage anti-chasse sera passible des tribunaux.

             — Les cons ont tous les droits, alors ?

    — À peu près. Lorsque le député PS Jean-Paul Chanteguet a déploré que les forêts soient interdites aux promeneurs, le dimanche, Philippe Plisson (PS aussi) lui a rétorqué qu’une tradition ancestrale de loisir et de lien social (sic) devait pouvoir s’exercer tous les jours, et en particulier le week-end.

    — Et personne n’a protesté ?

    — Si, mais que veux-tu ? En politique comme ailleurs, l’intelligence est rarement majoritaire. Les deux tiers de nos élus sont chasseurs... »


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                                  La clique à Benoît

     

             « Non mais je rêve ! » hurle mémé Georgette.

             Elle a l’air dans tous ses états.

             « Qu’est-ce que t’as, mémé ? 

             — Une femme vient d’être excommuniée pour avoir fait avorter sa fille... 

             — Et alors ? Qu’est-ce que ça a d’exceptionnel ?

             — La fille en question a neuf ans, et attendait des jumeaux. Son beau-père la violait depuis l’âge de six ans !

             — Ah, d’accoooord !

             — Et le plus « drôle », c’est que, lui, n’a subi aucune sanction religieuse. « Le viol est moins grave que l’avortement », a expliqué le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques du Vatican.

             — Non ?! Il a osé sortir une énormité pareille ?

             — Énormité d’autant plus grande que, selon les toubibs, la petite fille n’aurait pas survécu à cette grossesse !

             — Et qu’est-ce que ce con d’évêque a répondu à ça ?

             — Il a excommunié l’équipe médicale. Et la chose tombe d’autant plus mal que le gouvernement brésilien tente de dépénaliser l’avortement, ce qui n’est pas évident dans un pays ultra-conservateur.

             — En gros, si je comprends bien, pour être un bon chrétien, il vaut mieux être bourreau que victime ou sauveteur ?

             — En gros, ouais... Remarque, il y a longtemps qu’on le sait :  violeurs, pédophiles et tortionnaires en tout genre ont toujours sévi, au sein de l’Église ! Et, vu les prises de position de notre nazillon de pape, ça ne va pas aller en s’arrangeant !

             — Le beau-père a quand même été arrêté ?

             — Heureusement ! Il risque 15 ans de taule. Parce que, ah oui, j’ai oublié de te dire : il se tapait aussi la frangine, une handicapée de 14 ans !

             — Et qu’est-ce qu’il pense de ça, monseigneur Machintruc ?

             — Silence radio !

             — Putain de justice divine ! Heureusement qu’il y a Justice humaine, finalement !

             — Mouais... Dommage que la clique à Benoît ne soit pas poursuivie pour complicité ! »


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                           VOS GUEULES, LES PUBS  !

     

             C’était l’autre matin. Je prenais mon p’tit déj’.

    « Y a plus de Banania ? », j’ai demandé à mémé Georgette.

    Elle m’a lancé un drôle de regard, en secouant négativement la tête.

    « T’en rachètes quand ?

    — Jamais. Je ne veux pas d’un produit qui doit tout son succès à un slogan raciste.

    — Tu veux parler de « Y a bon Banania » ?  Mais c’est fini, ça ! Ce n’est même plus marqué sur les boîtes !

    — Encore heureux : l’ignoble petite phrase a disparu en 2006, suite à l’assignation, par un collectif antiraciste, du propriétaire de la marque devant le Tribunal de Grande Instance.

    — Ah, tu vois bien !

    — Le problème, c’est qu’il ne suffit pas d’interdire un slogan publicitaire aussi célèbre pour qu’il disparaisse du jour au lendemain.

    Ce symbole du colonialisme sévira encore longtemps dans le langage quotidien, crois-moi ! On le trouve même en toutes lettres dans la presse de gauche !

    — Mais c’est de l’humour !

    — Ouais, de l’humour, bien sûr… Un humour qui faisait rire en 1915, quand on envoyait les tirailleurs sénégalais se faire dégommer, en première ligne… Et en 1931, à l’expo coloniale, où l’on exhibait les Africains comme des singes… Et qui continue, encore aujourd’hui, à véhiculer l’image d’un peuple débile, style Tintin au Congo ! Cet humour-là, petite, je lui pisse à la raie ! Sais-tu ce que disait Léopold Sedar Senghor ? « Je voudrais déchirer le rire Banania sur tous les murs de France »…

    Ah là là, voilà encore mémé qui monte sur ses grands chevaux !

    « Pfff, faire un foin pareil juste pour de la pub…

    — La pub est le reflet de notre société ; elle n’a pas son pareil pour formater les têtes ! Et outre le fait qu’elle détermine, à notre insu, la plupart de nos choix de consommateurs, elle est un vivier de lieux communs et d’idées reçues. Ça ne te suffit pas, comme raisons ? »

    Et elle conclut dans un soupir :

    « Trois raisons de boire Contrexéville ! »

     


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