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            Les p’tites devinettes de mémé Georgette

     

    — T’as vu, mémé, ils ont interdit le mariage homosexuel, en Floride.

    Mémé Georgette hoche tristement la tête.

    — Ouais, et les dix-huit mille couples déjà mariés l’ont dans le cul !

    — Comment tu réagirais, toi, à leur place ?

    — Je descendrais dans la rue. Trente-six mille personnes, plus les sympathisants, ça ferait une belle gay pride. De quoi peser sur les pouvoirs publics au moins autant qu’un référendum de merde !

    — Pourquoi ils le font pas ?

    — Ça…

    — C’est pas une réponse !

    — Des questions sans réponses, il y en a des tonnes, ma poulette ! Pourquoi, quand les Israéliens chopent un terroriste, rasent-ils sa maison qui abrite souvent une famille nombreuse ? Pour faire comme les dératiseurs ?

    — Ben…

    — Pourquoi Laurent Joffrin, dans son (très bel) édito sur la victoire d’Obama, écrit-il que le nouveau président avait une grand-mère africaine plutôt qu’un père kényan ? C’est moins grave quand ça saute une génération ?

    — Euh…

    — Pourquoi le président de la république peut-il dire : « Casse-toi pôv’con » à un citoyen, sans que la réciproque soit autorisée ? On n’est pas tous égaux devant la loi ?

    — Stooop ! Elles sont pas drôles, tes devinettes, mémé ! Je préfère celles des apéricubes ou du Trivial Pursuit ! Tiens, j’en ai une bonne : pourquoi les vaches sont-elles si grosses alors qu’elles ne mangent que de l’herbe ?

    — J’en sais rien.

    — Moi non plus. J’fais pareil que toi : je pose des questions qui n’ont pas de réponse. Tu vois comme c’est chiant !

    — Les mystères de la vie sont impénétrables… , soupire mémé Georgette en regardant tomber la pluie. 


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                                 Hallali, ah là là !

     

    « Putain, ça recommence ! hurle mémé Georgette.

    — Qu’est-ce qui recommence, mémé ?

    — Ils ont encore dézingué un cerf dans un village. À Avilly-Saint-Léonard, dans l’Oise, cette fois… Heureusement, le maire a porté plainte.

    — Mais enfin, de quoi tu parles ?

    — Des chasseurs à courre, pardi ! Comme ceux qui louent notre forêt tous les samedis pour leurs sales divertissements de merde ! 

    — On peut louer les forêt domaniales, maintenant ? Première nouvelle !

    — En principe, non, mais les principes, tu sais… Dès qu’il y a du fric à la clé !

    — Et les promeneurs, alors ? »

    Mémé hausse les épaules, ce qui signifie : tout le monde s’en tape.

    « Que cette chasse soit inique n’est plus à démontrer, continue-t-elle. Traquer un animal jusqu’à ce que son cœur lâche révulse même les chasseurs « normaux » : la viande du cerf, après un tel stress, n’est plus consommable. D’ailleurs, en général, les chiens le dépècent tout vif…

    — Quelle horreur !

    — Mais ce n’est pas tout : dans certaines régions — dont la nôtre — ce « sport » représente un véritable danger pour la population, car les forêts englobent des hameaux. L’année dernière, à quelques kilomètres d’ici, le cerf affolé a défoncé la baie vitrée d’une maison. C’était l’heure du repas, la famille était à table. La meute a déferlé, brisant tout sur son passage. L’animal a été achevé dans la cuisine.

    — Et les gens ont laissé faire ça ?

    — Ils on pris leurs cliques et leurs claques pour éviter d’être piétinés ! Mais une pétition a circulé, réclamant l’interdiction de la chasse à courre dans la commune, où ce genre d’accident est courant.

    — Et alors ?

    — Que dalle. En haut-lieu, on préfère les « saigneurs » aux péquenots, et les sonneurs de cor aux cueilleurs de champignons ; ça rapporte plus. Et puis, la tradition, n’est-ce pas ce qui fait le charme de notre beau pays ? »

     


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                             Mémé fait de la résistance

     

    « Et merde, grogne mémé Georgette, en écrasant sa clope sur le seuil du troquet. Ne plus pouvoir fumer devant mon p’tit ballon, ça me mine… »

    Elle s’accoude au bar, commande un verre de rouge.

    « Je ne sers plus que du bio, précise le patron. Et pour la demoiselle, ce sera ?

    — Une grenadine. »

    J’ai droit à un sirop vaguement rosâtre et pas appétissant du tout.

    « Pourquoi elle est pas rouge, ma grenadine ? », je demande.

    Il me regarde comme si j’avais chié une pendule sur son zinc.

    « Le colorant est un poison, lâche-t-il du bout des lèvres.

    — Confidence pour confidence, je préfère le bon vieux Préfontaines à cette piquette, objecte mémé en repoussant son verre à moitié plein. Je vous dois combien ?

    — Cinq euros trente.

    — Oups ! Ça a augmenté ! 

    — La bonne santé se paie, ma p’tite dame. Mon pinard réduit le taux de cholestérol.  »

    Au même moment, à la télé placée au fond de la salle passe un pub pour les yaourts Trouduc, qui facilitent le transit intestinal.

    « Aujourd’hui, tu ne manges plus, tu te soignes, ricane amèrement mémé Georgette. Faudra bientôt une ordonnance pour boire un coup, et  les restos ressembleront à des pharmacies— d’ailleurs leurs cuisines s’appellent déjà “laboratoires”… . Le pire, c’est que tout le monde applaudit ! Et si t’es pas d’accord, y a toujours quelqu’un pour te faire la morale : le sucre, c’est mauvais pour la tension, le gras bouche les artères, fumer donne le cancer, etc…Et le plaisir, dans tout ça, on en fait quoi ? On s’asseoit dessus ? »

    Les consommateurs l’écoutent, bouche bée, comme à un meeting.

    « La secte des bien-mangeants est en passe de devenir la religion officielle, beugle-t-elle. Ne nous laissons pas embrigader dans leur trip castrateur ! Résistons, foutredieu ! Jouissons de nos papilles avant que la dictature de l’hygiène ait notre peau ! »

    Eh bien, vous savez quoi ? Personne n’a applaudi. Triste époque… 

     


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                                 DROITS DE L’HOMME... POIL AU STERNUM

     

             — Ce n’est pas trop tôt ! s’écrie mémé Georgette.

             — Trop tôt pour quoi, mémé ?

             — Pour dénoncer les bavures de la police française.

             — ?...

             — Dans un rapport accablant, Amnesty international accuse la force publique de violer constamment les droits de l’homme. La plupart des témoignages émanent de ressortissants étrangers, victimes d’arrestations arbitraires, d’injures xénophobes, d’humiliations à caractère sexuel, de passages à tabac, voire d’homicides...

             — Tu veux dire que les flics sont racistes ?

             — En majorité, oui.

             — Mais... le racisme est un délit !

             — Tout dépend par qui il est pratiqué. Le rapport de l’ONG précise que « cette tendancea déjà été constatée avec préoccupation par les organes de défense des droits humains des Nations unies et par la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS)». Ce qui laisse «craindre l'existence d'un racisme institutionnalisé au sein des organes chargés de l'application des lois en France ».

             — Ah bravo ! Ça sert à quoi, alors, les cours d’éducation civique ?

             — On se le demande... Et ce n’est pas tout : si les victimes ou les témoins des faits protestent, ils sont poursuivis pour outrage à agents !

             — En gros, les keufs font ce qu’ils veulent, et nous, on la ferme !

             — Oh, de temps en temps, la Justice s’en mêle... En 2006, sur 639 cas de violences avérées, 130 condamnations ont été prononcées.

             — Et les 500 restants ?

             — Ils sont tombés aux oubliettes. C’est d’ailleurs cette impunité qui inquiète le plus les ONG. Amnesty International réclame la création d’une commission indépendante, chargée des plaintes contre la police.

             — Et alors ?

             — Le ministère de l’Intérieur et les syndicats de police sont contre. Notre doulce France tient à ses outils de répression comme à la prunelle de ses yeux ! Et ceux à qui ça ne plaît pas n’ont qu’à rester chez eux, qu’on se le dise !

             


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                      Mémé Georgette aime les olives

     

             « Tu fais quoi, Mémé, pendant tes vacances ?

    — Bouclier humain. »

    C’est pas une blague. Mémé Georgette, qui vit dans l’Isère, à Rivoiranche plus précisément, va partir en Palestine, dans un village dont j’ai oublié le nom, pour la récolte des olives.

    Quel rapport avec le fameux bouclier, me direz-vous ? Eh bien voilà : entre les paysans palestiniens et leurs champs d’oliviers, Israël a dressé un mur. LE fameux mur de la honte. Bien sûr, il y a quelques petites portes qui permettent de le franchir, mais elles sont gardées par des militaires. Or, ces militaires se font chier grave, dans ce trou perdu. Alors, la tentation est grande, histoire de rigoler, d’abîmer un peu ceux d’en face quand ils viennent du mauvais côté. D’autant qu’ils sont arrogants, ces bouseux ! Des « naan din bébek » et des « kiss ommak », ils leur en envoient plein la tronche, aux pauvres bidasses ! Des fois, même, les gamins leur lancent des cailloux !

    Résultat : les olives pourrissent sur les arbres pendant que les paysans soignent leurs blessés.

    « Ça ne peut plus durer ! » a décrété mémé Georgette qui adore les olives et déteste la brutalité. Et, avec son club du troisième âge, ils ont décidé de se rendre sur place pour mettre de l’ordre dans tout ce bordel. Rien que des vieux ou presque, bardés d’appareils photos, de caméras, de téléphones portables. Du coup, les militaires se tiennent à carreau. Pas envie de passer pour des barbares aux yeux du monde entier, merde ! Et les paysans ferment leur gueule. Pas envie de passer pour des pignoufs aux yeux du monde entier, remerde ! Sous le regard bienveillant des papis et des mamies, ils cueillent leurs olives puis rentrent tranquillement chez eux, fabriquer de l’huile et des saumures dans la joie et la bonne humeur. Elle est pas belle, la vie ?

    Moi, ma mémé, je l’aime.

    Quand je serai grande, je veux être vieille. Et quand je serai vieille, je veux être elle.

    Mais p’t’être que d’ici là, il n’y aura plus ni mur ni militaires, et que les olives made in Palestine se vendront dans les supermarchés… On peut rêver, non ?


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