• Un joli portrait de Caterina Zandonella qui a illustré, entre autres, mon album "L'orage magique", paru aux éditions MicMac

    http://www.unpi.net/minibook/minibook-162.php

     


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  • MÉFIEZ-VOUS DES GRENOUILLES !

     

             C'est plus fort que moi : chaque fois que je rencontre une grenouille, il faut que je l'embrasse.

    Pourquoi ?

      
    La réponse est simple : quand je serai grande, je veux épouser un Prince Charmant, et d'après Mamie, c'est le seul moyen d'en trouver un.

    Mais mes baisers ne doivent pas être très efficaces, parce que ça ne marche jamais. Enfin, ça ne marchait pas, jusqu'à la semaine dernière...

    Ce jour-là, en allant à l'école, je croise une rainette verte sur le bord de la route. Comme d'habitude, je la ramasse.

    — Croâ ? me dit-elle. (Ce qui, en langage grenouille, signifie : «Embrasse-moi ». Vous aviez compris, je suppose ?)

    Moi, sympa, je l'embrasse, et là... là !

    Un grand éclair jaillit et ma grenouille se transforme, devinez en quoi ?

    En Prince Charmant ?

    Pas du tout : en un horrible crapaud gluant et pustuleux.

    — CROÂÂ ! beugle-t-il pour que je l'embrasse. (Et il avait une de ces haleines !)

    Ma première réaction est de refuser. Mais en y réfléchissant, je me dis : « Ce serait bête de laisser passer ma chance. Les crapauds magiques ne courent pas les rues, je n'en rencontrerai peut-être pas d'autre de toute ma vie. Et alors... adieu le Prince Charmant ! »

    — D'accord ! je soupire.

    Et je l'embrasse du bout des lèvres en me bouchant le nez.

    Eclair, tonnerre, et pfuit ! Je me retrouve devant... un CROCODILE ! Furieuse, je lui tourne le dos et je m'en vais très vite, quand j'entends renifler derrière moi. Comme j'ai bon cœur, je me retourne.

    — Qu'est-ce qu'il y a encore ?

    Le crocodile pleure à chaudes larmes, en me lançant un regard qui signifie : « S'il te plaît, embrasse-moi ! »

    Qu'auriez-vous fait à ma place ? Je l'embrasse. Et aussitôt, paf ! il se transforme en dinosaure.

    Alors là, j'ai craqué. Je lui ai dit :

    —Toi, pas question que je t'embrasse, même si tu me supplies à genoux !

    C'est vai, quoi : comme on était parti, il risquait de se transformer en je ne sais pas quoi d'encore plus gros ! Vous imaginez ça ?

    Eh bien, cet idiot, vous savez ce qu'il a fait ? Il m'a suivie jusqu'à l'école. Et pendant toute la journée, il m'a regardée avec ses gros yeux triste à travers la fenêtre. Pourtant, ma classe est au troisième étage !

    Depuis, il ne me quitte plus. Maman râle, parce qu'il fait ses crottes sur paillasson. Et la nuit, il réveille les voisins avec ses « Brâââ Brâââ ! » pleurnichards. Le seul moyen pour le faire taire, c'est de le laisser dormir avec moi, mais il prend toute la place !

    Finalement, les Prince Charmants ne m'amènent que des ennuis. Je crois que, comme fiancé, je vais plutôt choisir un épicier : il y en a un très gentil dans ma rue. (Le facteur aussi était gentil, mais mon dinosaure l'a écrasé avec sa grosse papatte).

    C'est décidé : quand je serai grande, je veux être épicière. D'après mamie, c'est encore mieux que princesse, comme métier. Et au moins, on n'a pas besoin d'embrasser les grenouilles ! Il suffit juste d'embrasser les fromages, les œufs, les boites de petits pois et les yourts à la framboise. C'est tout de même plus agréable, non ?

     

     


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  •  

    Lorsque j’étais enfant, j’avais, avec mes livres, une relations d’amour qui confinait à la passion. Je les dévorais jusqu’à en connaître des passages entiers par cœur, je dormais avec eux, j’embrassais leur couverture. Ma mère, en venant me border, le soir, les retirait souvent de sous mon oreiller, arguant que c’était « mauvais pour ma colonne vertébrale ». Peut-être, mais c’était si bon pour mes rêves…

    Parmi ces trésors ineffables, les Contes persans avaient une place privilégiée, tant par leur sujet qui me transportait que par les somptueuses illustrations de Joseph Kuhn-Regnier, dans lesquelles je me perdais durant des heures. Ma sensualité naissante y trouvait un écho à sa (dé)mesure. J’ai été, tour à tour, chacune de ces princesses lascives, vêtues d’atours sublimes. Je voulais, plus tard, devenir Tourandocte, Dilara, Schirine, Facrinnissa, Chéhéristani, pour avoir leur grâce, leur radieux mystère, et évoluer comme elles dans ces mirifiques décors pseudo-orientaux des années trente…

    Cette fascination d’enfance est sans doute pour beaucoup dans la jouissance que j’ai à écrire, aujourd’hui, des contes… Le style de Jules D’Orsay — cela m’a sauté aux yeux à la relecture — m’influence au-delà même du souvenir que j’en avais. Sa magie narrative, à la fois sobre et envoûtante, a forgé mon écriture ; c’est sa voix que j’essaie de retrouver à travers mes propres récits. Cette voix qui m’a tant de fois emportée, mot après mot, phrase après phrase, vers les contrées magiques du désir…

    Aujourd’hui, à soixante ans passés, j’ai sans doute, à mon actif, plus de contes — et plus de lecteurs — que Jules D’Orsay n’en a eu, de son temps. Pourtant, dès la première ligne, j’ai reconnu « la voix de mon Maître ». Comme jadis, elle m’a éblouie. Et par la magie de ces cinq histoires, je suis redevenue, l’espace d’un livre, ce que, sans doute, je n’avais jamais réellement cessé d’être : Tourandocte, Dilara, Schirine, Facrinnissa, Chéhéristani…



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