• MÉMÉ GEORGETTE 9

     

     

                              NON MAIS, DE QUOI J’ME MÊLE ?

     

             — Ah, tout de même ! s’écrie mémé Georgette, le nez dans son journal.

             — Tout de même quoi, mémé ?

             — Pour une fois, la Justice française ne se couvre pas de ridicule. C’était mal barré, pourtant ! Nous refaire le sketche de Mourir d’aimer, puissance 10... Fallait oser !

             — De quoi tu parles ?

             — Des deux amoureux de Brest, un gamin de seize ans au physique de lutteur de foire, et une handicapée de trente-six ans.

             — Oups ! Vingt ans de différence d’âge et un fauteuil roulant... Pas simple, comme relation !

             — C’est ce que s’est dit une conne d’assistante sociale qui — bien que le garçon ait la bénédiction de sa propre mère — n’a rien de trouvé de mieux que d’aller porter plainte.

             — Non mais, de quoi j’me mêle ?  Les flics l’ont envoyée chier, j’espère !

             — Du tout ! Roméo et Juliette (appelons-les ainsi) se sont retrouvés, en février dernier, devant le tribunal correctionnel de Brest, qui a condamné Juliette à deux mois de taule avec sursis pour, je cite, « soustraction d’enfant ». Ça paraît d’autant plus débile qu’elle est née sans bras et avec une seule jambe atrophiée !

             — Un vrai physique de kidnappeuse ! Et Roméo, il l’ont condamné à quoi ?

             — Placement dans une famille d’accueil.

             — Ben voyons...

             — Mais bon, il leur a fait un bras d’honneur et a continué à voir sa chérie comme si de rien n’était.

             — En voilà un qui n’a pas froid aux yeux !

             — Devant son obstination, la juge des affaires familiales de Quimper, qui a récupéré la patate chaude, a décidé de lever la sentence.

             — C’est une happy end, alors ?

             — En gros, oui. Avec deux trois bémols : le gamin a été confié à son père, qui désapprouve sa liaison.

             — Aïe !

             — Mais comme il n’a plus aucun contact avec lui depuis des années, vu que ses parents étaient séparés pour « violences conjugales », ça ne semble pas poser de problème. Juliettte, en revanche, est toujours sous la menace de son sursis.

             — Elle risque des ennuis ?

             — J’espère que non, mais on ne peut jamais savoir : il y a tellement de branques dans les prétoires... Enfin, en attendant, le couple vit son lumineux amour dans le Loir-et-Cher, où ils se sont installés ensemble et où Roméo poursuit ses études.

             — Ils se marieront et auront beaucoup d’enfants, tu crois ?

             — Va savoir... Mais ça, ce n’est plus notre affaire ! 

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  • Commentaires

    1
    Pierre
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:53
    Pierre
    C'est toujours un plaisir de lire tes nouveaux articles sur ton blog Gudule. Tu m'en apprends de jour en jour sur mon pays car depuis que le nain des montagnes est passé président je ne préfère plus m'intéresser aux actualités.

    Je viens d'acheter "La vie à reculons" que j'ai donné à mon petit cousin pour qu'il apprenne ce problème de préjugé, le thème de la séropositivité, le mépris, etc. Vu la thématique je ne pensais pas qu'Hachette le mettrait dans sa collection jeunesse, et c'est temps mieux, il faudrait faire lire se livre à l'école.
    2
    Gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:53
    Gudule
    "La vie à reculons" est sorti il y a dix-sept ans aux éditions Hachette (eh oui !) dans la Bibliothèque Verte. L'éditeur qui me l'a pris est parti à la retraite l'année suivante. Un homme remarquable et un grand érudit. Quand il l'a accepté, il m'a dit : "Je ne pense pas que ce roman fasse un succès, je commets sans doute une erreur commerciale, mais j'estime qu'il est indispensable". Il se trompait : "La vie à reculons" est l'un de mes livres qui s'est le plus vendu, essentiellement dans le milieu scolaire. Il a été prescrit pendant des années par l'Education Nationale (il l'est peut-être toujours). Il a raflé, en son temps, de nombreux prix, et c'est celui de mes livres qui a été traduit dans le plus de langues. Comme quoi, une prise de risque, ça paie, parfois... La direction d'Hachette, qui avait tout d'abord contesté le choix de cet éditeur, l'a béni, par la suite !
    3
    Pierre
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:53
    Pierre
    Je n'étais pas du tout au courant, merci pour ces informations. Ça fait toujours plaisir de voir qu'un livre comme celui-ci ait reçu le succès qu'il se devait d'avoir.

    Sinon encore une fois merci pour cette réponse rapide. De mon côté je viens de regarder le court métrage adapté de ta nouvelle "la petite fille qui mordait ses poupées" : http://vimeo.com/7607730 , très bien adapté.

    Sur ce je te souhaite une bonne journée Mlle Gudule.
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