• LE BEL ÉTÉ 5

     

     

                                      LA MORT QUI VIENT

                                       LA MORT QUI VA

                                       LA MORT VÉCUE

                                       LA MORT VISIBLE

                                       BOIT ET MANGE À MES DÉPENS

     

                                                                 Paul Éluard                                                                                    

                                                               
                                                                (Notre mort)

     

                      S’ensuivit, pour Sylvain, une vertigineuse descente aux enfers. Ce chantre — que dis-je ? ce militant de la liberté, se retrouva, du jour au lendemain,  prisonnier des multiples contraintes liées au traitement. Médocs, visites bi-quotidiennes des infirmières à domicile,  éprouvantes séances de chimio, de radiothérapie ; opérations, anesthésies, piqûres et tout le toutime.  Bref, ayant pris en grippe ce corps qui l’avait  trahi, il lui rendit, en quelque sorte, la pareille. Lui qui était la vitalité même — santé éblouissante, force colossale, appétit d’ogre — cessa de s’alimenter et ne me toucha plus. Pour cet ex-bon vivant,  toute sensualité était devenue maudite. Il ne différenciait plus le plaisir de la douleur, rejetant l’un et l’autre comme une dégradation. J’ai lu quelque part que les victimes de tortures ressentent souvent cela, ce dégoût absolu de leur propre chair.  La dysmorphophobie, ça s’appelle, je crois…

                      Moi, en revanche, je continuais à me sentir invulnérable. Mieux : face au délitement de l’homme que j’aimais, je m’érigeais en bouclier, en citadelle. L’amour est le rempart des mères et des amantes.  Leur carapace. Leur armure. La mienne, bien qu’illusoire, me paraissait sans faille, naïve que j’étais.

                         

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  • Commentaires

    1
    Mardi 5 Novembre 2013 à 09:12
    Benoît Barvin
    L'amour est également le rempart des pères et des amants, quand ces horreurs nous tombent dessus... Mais il est vrai que les femmes/mères ont un gisement de ténacité(s) que nous autres, leurs compagnons, épuisons bien vite...
    2
    Mardi 5 Novembre 2013 à 14:11
    Tororo
    Rien à ajouter de plus qu'un gros câlin virtuel. Virtuel, c'est une autre façon de dire illusoire, mais quand même.
    3
    ; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:31
    ; gudule
    Pas sûr, mais en l'occurrence, je ne suis pas objective vu que j'ai jamais été ni père ni amant.
    J'adore ton "gisement de ténacité".
    4
    ; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:31
    ; gudule
    Ben non : "virtuel, c'est juste qu'il passe par un autre sens que le toucher. "Illusoire", c'est quand même un peu à côté de la plaque, hein. merci pour ce câlin virtuel (mais pas du tout illusoire), Tororo !
    5
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:31
    Pata															l
    Un paravent vivant pour lutter contre l'arrivée de la mort...
    6
    ; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:31
    ; gudule
    Ouaip, ça me va, comme métaphore.
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