• LE BEL ÉTÉ 11

     

     

                                   QUINZE JOURS DÉLICIEUX

            

                      Oui, délicieux, je persiste et signe. Une sorte de deuil buissonnier. Nous discutions de tout, de rien, de pas grand-chose, sans que, par un accord tacite, il soit jamais question des douleurs qui précèdent. Castor ne pratiquait pas l’apitoiement  pesant ; je l’en ai béni maintes fois. En revanche, j’eus  plus de fous-rires, pendant ce petit  break, que durant, sans doute, tout le reste de ma vie.

                      Entre deux averses, nous allions rendre visite à mes petits-enfants, Maya et Alix, qui avaient adopté d’emblée ce grand-père intérimaire  au surnom de rongeur, toujours prêt à les faire sauter sur ses genoux ou à leur jouer un air de guitare. Nous fîmes, avec eux et ma fille Mélanie, quelques mémorables balades en forêt, dans une humidité à couper au couteau, et de rares piqueniques sur les espaces verts qui agrémentaient le village.

                      Généralement chassés par l’ondée, on courait tous se réfugier au Roc café où l’aventure s’achevait devant un chocolat brûlant.

     

                      Le soir, notre tête-à-tête au coin du feu se prolongeait souvent très tard, et pour cause : à notre insu — ou pas ; se targuer d’innocence à soixante ans passés  serait du dernier grotesque —, le désir avait fait son apparition. Mais même sous la torture, ni l’un ni l’autre ne l’aurait avoué. Outre sa grande pudeur, Castor, j’imagine, ne se sentait pas le courage d’étreindre une brûlée vive. Quant à moi,  si j’avais osé un geste, un mot déplacé, j’aurais eu l’impression de profaner un cimetière. Nous nous quittions donc sur un chaste « bonne nuit » avant de gagner chacun notre chambre, un peu penauds mais la conscience en paix.

     

    — Toi, tu t’es encore fait du cinéma et tu ne l’assumes pas, me grondait gentiment ma fille, le lendemain matin, en me voyant promener mes chiens, l’air déconfit.       

    Du cinéma, oui, oh que oui ! Sur l’écran noir de mes nuits blanches…

     

    « LE BEL ÉTÉ 10LE BEL ÉTÉ 12 »

  • Commentaires

    1
    Lundi 11 Novembre 2013 à 15:18
    Mêo
    J'adore ta façon d'écrire Gudule.
    Je vous aime !
    2
    Lundi 11 Novembre 2013 à 20:02
    melaka
    rhoooo ! j'ai l'impression de revivre tout ça une deuxième fois ! :)
    3
    Mardi 12 Novembre 2013 à 09:44
    Benoît Barvin
    "Le deuil buissonnier", c'est un joli titre...
    4
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 12:47
    Ryko
    Quand j'étais môme, j'écoutais "la famille Duraton" sur Radio Luxembourg (à moins que ce ne fusse Paris Inter). Ben, avec ton roman d'un rongeur, je ne perds pas au change. Et grâce à toi, je fais du web buissonnier.
    5
    GH
    Jeudi 19 Décembre 2013 à 00:02
    GH
    La famille Duraton, c'était bien sur Radio Luxembourg. Mon père ne l'aurait manqué pour rien au monde. Et Zappy Max aussi ! Tu as de bonnes références pour ton art du feuilleton…
    6
    Jeudi 19 Décembre 2013 à 10:43
    Gudule
    C'est "Signé Furax", alors, qui était sur Europe n°1 ? Je vois avec plaisir que, question références, on a les mêmes !
    7
    ^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    ^; gudule
    Ben nous aussi, on t'aime, ma Mêo !
    8
    ^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    ^; gudule
    Ben forcément, hein, ma chérie !
    9
    ^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    ^; gudule
    J'y ai pensé, figure-toi. Comme quoi, nous avons de vraies correspondances d'écrivains !
    10
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    Pata															l
    Ah ? Mamz'elle jolies bulles est ta fille ? Découverte aussi par le biais du Castor, j'aime beaucoup son humour et ses cases accueillantes !
    Hé ben, c'est une sacrée famille qu'il a rejointe l'ami Castor !
    11
    ^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    ^; gudule
    Voui, la Mélaka, c'est ma mienne, de fille. Et la "sacrée famille" ben le Castor, elle l'adore !
    12
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    Pata															l
    Hé ben ta fille, elle a un sacré style !
    13
    ^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    ^; gudule
    Ce sera répété... et apprécié, à mon avis !
    14
    J^; gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:30
    J^; gudule
    Moi aussi, moi aussi, j'écoutais La famille Duraton ( et aussi Signé Furax, et aussi Vazy Zappy avec Zappy Max !) C'est depuis ce temps là-à-à-à que j'adore les feuilletons-on on on (surtout ceux dont les héros sont des rongeurs, mais ça, c'est perso).
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :