• grands moments de solitude 96 (tome 2)

     

                                                 Vos gueules, les critiques !

     

             Je vous entends d’ici : « Mais on ne peut pas refuser les critiques, voyons ! Elles sont constructives ! » Ah bon ? Première nouvelle. Et elles construisent quoi, s'il vous plaît ?

             Celui qui crée se met en danger. Il dénude son âme et offre ses tripes à tout venant. S'autoriser à cracher dedans, c'est constructif ?

             Toute opinion étant, par essence, subjective, à quelle sorte de "constructivité" peut-on prétendre ? Le critique s'attend-il à ce que l'auteur, à la lueur fulgurante de ses remarques, découvre enfin sa voie ? Qu'il se renie subitement, après cette Révélation ? Bref, qu'il modifie sa propre perception des choses au profit de celle d'un inconnu ? Et pourquoi cet inconnu-là plutôt qu'un autre ? Il y a autant de subjectivités que de lecteurs ; où irions-nous si chacun d'entre eux apportait son grain de sel « constructif » à l'édifice ?

             En fait, qu'est-ce que la critique, si on y réfléchit ? Un acte de sadisme gratuit, le plus souvent. La vengeance de celui qui, pour une raison qui lui est propre, ne s'est pas « retrouvé » dans une œuvre et le fait payer à son auteur, acculant ce dernier à deux extrémités : encaisser en silence (en feignant une indifférence dont personne n'est dupe), ou se justifier (depuis quand un auteur doit-il "justifier" ce qu'il crée, comme s'il s'agissait d'un délit ?). Dans les deux cas, « l'accusé » morfle, et salement.

             Je ne vois vraiment rien de constructif là-dedans !

             Récemment, lors d'une animation en province, une documentaliste a cru bon de me remettre, sous forme de rédactions, quelques critiques d'élèves de quatrième. J'étais à même d'assumer ça, n'est-ce pas ? C'est insensible, un écrivain ; caparaçonné comme un chevalier du Moyen-Age ! Et quand un gamin de 14 ans se permet de lui jeter au visage, avec la bénédiction de ses enseignants : « Votre livre est dénué de tout intérêt, aussi bien dans l'histoire, mauvaise, que dans le style, enfantin. Quand on ne sait pas écrire, on change de métier », ça lui glisse dessus ! Ben voyons...

              Je tiens à préciser que, dans ce cas de figure, je ne mets pas les gosses en cause. On leur dit : « Allez-y ! », ils y vont, et avec l'inconscience de leur âge. C'est le manque de discernement des adultes, leur octroyant le droit de piétiner aussi allègrement le travail d'autrui, qui me sidère.

             Et je ne parle pas des affligeants articles de ces mêmes adultes, s'improvisant journalistes pour vomir leur fiel dans des revues « inter C.D.I. » comme il en naît aujourd'hui par dizaines, aux quatre coins de la France !

             « Mais alors, si on ne peut ni le critiquer ni le sanctionner, que fait-on d'un livre qu'on n'aime pas ? » me direz-vous. Ce qu'on veut. On le referme, on le fiche à la poubelle, on se torche avec au besoin. Mais on ne le renvoie pas dans la tronche de l'auteur. Ça, c'est inacceptable. Vous trouvez une œuvre ennuyeuse, incompréhensible, malsaine, sans intérêt ? N'en parlez pas. Votre silence sera aussi éloquent qu'une bordée d'insultes, mais fera moins de dégâts. J'ai connu des génies tués dans l'œuf par des paroles malveillantes. Des gens bourrés de talent qu'une critique imbécile a fait taire à jamais...

             Alors, par pitié, que vous soyez gamin, journaliste, libraire ou enseignant, un peu de modestie : votre vérité n'est pas universelle, elle ne concerne que vous. Si un livre (ou un film, ou une pièce de théâtre, ou un tableau... la liste n'est pas exhaustive) ne vous plaît pas, OUBLIEZ-LE. Laissez-le vivre sa vie en-dehors de vous, sans vous ériger en juge ou en censeur. Cette attitude se nomme le respect, et ça, au moins, c'est constructif !

     

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  • Commentaires

    1
    Yunette
    Samedi 29 Août 2015 à 11:04
    J'ai fait une fois, et une seule, une critique acerbe... issue d'une déception sans nom à la lecture d'un auteur que j'adorais...
    Je doute que ça lui fasse grand mal, ni même qu'il connaisse son existence :p
    Ce qui d'ailleurs ne m'empêche pas de recommander ses premiers romans ;)
    2
    Dimanche 30 Août 2015 à 07:09

    Gudule a raison, ma Yun. Autant on peut faire remarquer à un pote écrivain des trucs qui clochent dans son futur livre, et en discuter avec lui, autant il est vain d'éreinter le produit fini, même si l'auteur nous a déçu.

    Dans le cas de brûlots haineux —comme ceux de Trierweiler, ou Zemmour— le mieux est de les ignorer, en effet, histoire de ne pas donner à ceux qui les ont commis l'importance qu'ils ne méritent pas.

    3
    Yunette
    Dimanche 30 Août 2015 à 11:06
    Je sais qu'elle a raison, mais ce jour là, fallait que ça sorte.
    4
    Mardi 1er Septembre 2015 à 20:03

    La politique du silence... Je la pratique, lors de mes lectures déçues ou lorsque l'on m'assène une critique que je juge injuste.

    Par contre il y en a qui m'ont fait avancer, et m'ont permis de faire naitre un dialogue entre deux points de vues divergeants...

    Donc je n'y suis pas pas opposée, juste à l'injustice et à la cruauté gratuite (qui s'est retrouvée dans les copies de gamins adressées à Gudule !).

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