• grands moments de solitude 89 (tome 2)

                                                             La robe de Coluche

     

             Mélanie devait avoir trois ans quand, au cours d’une réunion de travail copieusement arrosée, surgit, on ne sait d’où, l’Idée (avec une majuscule) :  

             « Pour relancer les ventes d’Hara-kiri en perte de vitesse, si nous pastichions Pif gadget ? »

             Autour de la grande table de la rue des Trois Portes, les suggestions fusent. Parce que bon, les gadgets à la con, ce n’est pas ce qui manque. Et l’imagination de l’équipe non plus…

             La mode étant aux inséminations artificielles de Prix Nobel, quelqu’un, (je ne me souviens  plus qui, peut-être Reiser, peut-être Wolinski), propose d’agrafer dans chaque numéro, un échantillon du sperme de Coluche — sperme obtenu à partir d’un mélange de farine et d’eau plus vrai que nature. Ainsi paraît le fameux Hara-Kiri montrant, en couverture, deux petits enfants à grosse tête grimaçante, accompagnés de cette légende : « Faites des enfants bêtes et méchants grâce au sperme de Coluche ».

             Or, l’un de ces enfants — la fille, pour être exact —, c’est Mélanie.

             —Vous me la « prêtez » pour une séance photo ? s’enquiert Choron.

             La principale intéressée étant d’accord, la chose ne pose aucun problème, sauf que…

             — Mets-lui une robe, me recommande Choron. Faut que son sexe  soit identifiable au premier coup d’œil.

             Voilà qui ne m’arrange guère !

             — Euh…, moi, je veux bien, mais j’en ai pas, de robe : elle porte les anciennes salopettes de ses frangins. Et comme on est dans une dèche noire…

             Choron, grand seigneur, sort un billet de son portefeuille et me le tend :

             ­ ­ —Va lui en acheter une, et dépêche-toi, le photographe arrive dans dix minutes.

             Je file d’une traite jusqu’au Prisu qui expose en vitrine sa collection de printemps, et reviens dare-dare avec mon trophée : une mignonne tenue à la Sarah Kay valant la peau des fesses, dont je n’aurais même pas osé rêver en temps normal.

             Déballage, retirage des étiquettes, déshabillage, rhabillage. Mélanie hurle. La robe, trop petite, la gène aux entournures.

             — Va vite l’échanger contre une plus grande, trépigne Choron tandis que le photographe installe ses éclairages et prépare son trépied.

             J’y cours, mais il ne reste plus que des toutes petites tailles, et les autres modèles ne me plaisent pas.

             Ce fut la première et la dernière fois que Mélanie porta sa robe Sarah Kay. Une chance que le photographe l’ait immortalisée !

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  • Commentaires

    1
    Mardi 9 Septembre 2014 à 08:38

    Trop bête cette histoire de robe ! Et c'est vrai qu'elle a l'air trop petite... Marrant, même si je connaissais bien entendu l'origine de cette photo, je ne connaissais pas vraiment l'histoire de la robe Prisu !

     

    2
    Mardi 9 Septembre 2014 à 13:38

    forcément, c'est pas très glorieux, comme anecdote, juste un peu concon

    3
    Mardi 30 Décembre 2014 à 11:49

    Oh ben oui, elle est trop petite cette robe : sa tête a enflé de manière très effrayante !!

    (Oui, je re-sors, j'ai trouvé un passage sympa pour ça lors de ma dernière vanne !)

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