• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 86

    Camping

      L’été, comme la ville était trop suffocante, nous dressions notre tente dans un camping au bord de la mer, à une vingtaine de kilomètre de Beyrouth. J’y restais de début juin à fin septembre avec mes deux loupiots. Alex partait à l’aube et nous rejoignait en début d’après-midi, les horaires de bureaux, durant ces quatre mois torrides, étant de 7 à 14 h.

             Ce camping joliment dénommé « Les Colombes »  — une prairie ombragée descendant en pente douce vers une crique rocheuse —, s’agrémentait de bâtiments à usage collectif, et en particulier une grande cuisine.`Un soir, j’y préparais des pâtes en compagnie d’Olivier qui commençait à marcher. Nous étions seuls.  Je mets chauffer une casserole d’eau et, tandis que je découpe les oignons pour ma sauce, le « petit château branlant »  part en exploration. Tout en le surveillant du coin de l’œil, je continue à m’activer.

             Comme il s’agrippe au rebord de la poubelle, je le rejoins avec un « tttt » désapprobateur... et manque de me trouver mal. Juste à côté de sa main se dresse, menaçant, l’un de ces minuscules scorpions blancs, vifs comme l’éclair, dont la piqûre vous dézingue un adulte en moins de deux.

             Mon premier réflexe est de me ruer sur mon fils pour l’arracher à son point d’appui, mais ce serait une erreur fatale : au moindre geste brusque, le scorpion risque d’attaquer.

             Que faire, alors ? Que faire ? La peur me paralyse.

             Inconscient du danger, Olivier lève la tête vers moi et me sourit. Alors, avec toute la douceur dont je suis capable, je l’appelle :

             — Viens, mon chéri... Viens chez maman... Doucement... Tout doucement...

             Par bonheur, c’est un enfant docile. Et calme. Obéissant à mon filet de voix tremblant, il lâche la poubelle pour me tendre les bras. Je l’emporte, les jambes flageolantes. On  a frôlé la catastrophe de très, très près.

             Rien que de le raconter, tiens, ça me donne le frisson !

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  • Commentaires

    1
    Mardi 13 Mars 2012 à 07:35
    benoît barvin
    Toi c'était les scorpions - nous on en avait quelques-uns également en Guinée -, mais moi, j'avais surtout à faire avec les serpents. Il y en avait tout plein près des immeubles qui avaient "poussé" dans le paysage. Et, au début, en bons enfants innocents qu'on était, on s'amusait à les attraper par la queue et à les fourrer dans des bouteilles vides. Sans aucun problème... Jusqu'à ce qu'un africain - le gardien de l'immeuble - vienne nous houspiller, rapporte notre "exploit" à nos parents et que l'on se fasse gronder et punir... Mais on a mis quelques longs mois à digérer le caftage du gardien...
    2
    Mardi 13 Mars 2012 à 18:37
    benoît barvin
    Parmi ceux qu'on prenait, il y avait les "serpents-minutes", pas besoin d'expliquer pourquoi...
    3
    Mardi 13 Mars 2012 à 23:20
    Castor tillon
    Tu as fait la seule chose à faire dans ces cas-là, gérer la situation dans le calme, sans paniquer : ça a probablement sauvé la vie de ton gamin.
    4
    Dimanche 18 Mars 2012 à 19:21
    cali rezo
    oh, ça me fait aussi flipper... Je me suis fait mordre (au cul, en m'asseyant dessus, évidemment) par un scorpion mais imaginer deux secondes qu'une de ces bestiole s'attaque à ma fille me fait trembler plus que de raisonnable...
    5
    Lundi 19 Mars 2012 à 08:19
    cali rezo
    C'était un ptit assez foncé (il est parti vite) qui se prélassait au soleil sur une chaise, à Cavaillon. Et moi je me suis assise sans regarder. ça m'a piqué + fort qu'une guêpe, genre brûlure. Et j'ai encore une cicatrice d'ailleurs. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu de la fièvre...
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Remarque, vous auriez sans doute mis plus longtemps à digérer une piqûre de serpents... Car je suppose qu'ils étaient très venimeux ? Sinon, l'histoire serait moins jolie.
    7
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Brrrr ! Les affreux garnements !
    8
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Paraît que les blancs, c'est les plus mauvais... Et puis bon, un bout de chou d'un an et demi ! Ça t'a fait quoi, ta piqûre ? Une grosse fièvre ? C'était où ? Et quoi, comme scorpion ? (Mais c'est un véritable interrogatoire, ma parole !)
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