• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 83

    Arthur

       Encore un loupage de coche ? Allez, un beau. Un très très beau.

             En 2001, je reçois un coup de fil de Michel D., directeur des Belles Lettres.

             — J’ai un célèbre cinéaste dans mon bureau, m’annonce-t-il de but en blanc. Extrêmement célèbre. Bien plus que Jean Rollin...

             Troublée par son insistance, je réponds : « Ah bon ? » en me demandant où il veut en venir.

             — Ce cinéaste a une idée de livre jeunesse. De la fantasy. Mais comme il n’a pas le temps de l’écrire, nous avons pensé à toi...

             Je décline aussitôt. Primo, la fantasy, c’est pas mon truc. Deuzio, j’en ai ras-le-bol de barboter dans les idées des autres : je viens de me taper vingt-huit épisodes de « L’Instit », ça suffit comme ça. Et surtout, je suis dans une année faste ; mes livres paraissent un peu partout,  c’est à peine si j’assure ma propre production. Je n’ai donc ni l’envie, ni la disponibilité de servir de « nègre » à un cinéaste, si célèbre soit-il.

             — En revanche, ajoutai-je, j’ai parmi mes amis d’excellents écrivains qui ont besoin d’argent...

             Je lui donne deux ou trois numéros de téléphone, et je raccroche, l’âme en paix.

             L’année suivante, sort « Arthur et les Minimoys », signé Luc Besson et Céline Garcia (que je ne connais pas). Ce livre remportera le succès que l’on sait, fera l’objet d’une série adaptée à l’écran et inondera le marché de produits dérivés.

              Le jour où, convoquée à la BNP pour mon découvert, je tomberai sur des affiches d’Arthur devenu entre-temps l’emblème de cette banque, je rirai jaune. 


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  • Commentaires

    1
    Samedi 10 Mars 2012 à 07:59
    benoît barvin
    Extrêmement célèbre ne veut pas dire "extrêmement" grand cinéaste (oh vach'te de, c'est bien vrai!)... Pas d'inquiétude, Gudule, on te préfère en n'écrivaine de vrais romans qu'en correctrice d'idées piquées ici et là par un "extrêmement" célèbre cinéaste...
    2
    Samedi 10 Mars 2012 à 15:32
    Castor tillon
    Tu l'as dit toi-même : la fantasy, c'est pas ton truc, alors... y a rien à regretter, mais c'est vrai que je vois ça de ma fenêtre. J'aime bien Arthur et les Minimoys, mais je préfère tes histoires.
    3
    Samedi 10 Mars 2012 à 16:18
    Tororo
    Le baume n'est pas moins utile au cœur que le beurre ne l'est aux épinards: alors je joins ma voix à celle des autres: c'est peut-être pas plus mal comme ça. Et puis... c'était bien vu, de se dire que ce n'est pas sans risque de barboter trop longtemps dans les idées des autres: à force, c'est corrosif.
    4
    Dimanche 11 Mars 2012 à 19:16
    cali rezo
    je rejoins le 1er commentaire... (:
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Tu me mets du baume au cœur, cher Benoît. N'empêche que bon, un peu de beurre dans les épinards...
    6
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    Odomar
    J'étais sûr que ce serait la chute. Besson ! Dès les premières lignes je savais que ce serait lui....

    Bah, à part pour les sous tu n'as rien à regretter.
    7
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Oui mais bon, au risque de paraître vénale... D'autant que, pour l'occasion, il a créé sa propre maison d'édition, Intervista, dont Arthur était la série vedette. Tu imagines les possibilités d'édition de mes propres livres ? Enfin, bon, Intervista s'est arrêtée au bout de cinq ans, je crois...
    8
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Oh ben alors, ça, c'est gentil !
    9
    Olympe
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    Olympe
    Bonjour,

    Peut être que la série aurait eu moins de succès si c’étais vous qui l'avait écrite, et vous le regretteriez peut être en se moment ! Si ça c'est passé comme ça c'étais peut-être le mieux pour vous !

    Bravo pour vos livres !
    10
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    C'est très possible... Bien que, n'étant qu'exécutante, j'aurais mis mon savoir- faire au service d'une idée qui n'était pas la mienne, comme l'a probablement fait cette auteure. Ce qui, finalement, n'aurait pas changé grand chose. Et la fantastique promotion dont a bénéficié cette série aurait été la même. Or, nous savons tous que soixante-dix pour cent du succès d'un livre est dû au travail de promotion qui l'accompagne.
    11
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:48
    gudule
    Merci, Cali !
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