• grands moments de solitude 79 (tome 2)

    .                                 Tambours du Bronx

     

             Ah, le salon du livre de Montauban ! Quel souvenir assourdissant !

           Nous étions une vingtaine d’auteurs à signer tranquillement nos livres sur la place aux arcades quand se produisit un incident que je ne suis pas près d’oublier. Un groupe de percussionnistes munis d’énormes tambours se pointa à quelques mètres de nos tables, et se mit à jouer à fond les ballons. Le contraste entre la violence du son et le calme religieux auquel il succédait avait quelque chose de si agressif, de si incongru — et de si grossier, en fin de compte  — que le site se vida instantanément. Les écrivains s’enfuirent en se bouchant les oreilles, les visiteurs se dispersèrent dans les rues adjacentes, et les éditeurs, qui avaient payé très cher leur emplacement, comptabilisèrent leur manque à gagner.

            — Et voilà, ça recommence comme l’année dernière, râla une dame en passant devant mon stand.

              Je lui demandai des explications qu’elle me donna volontiers.

            — Le concert des « Tambours du Bronx » a lieu chaque année, et remporte un joli succès, mais, normalement, il ne coïncide pas avec  le salon du livre. Sauf depuis deux ans. Suite à une mésentente entre les organisateurs et la municipalité, celle-ci  a avancé la date du concert afin de perturber le salon. Résultat, un fiasco total pour les deux manifestations. Et ce sont nos impôts qui financent leur guéguerre.

            Elle n’était pas contente, la dame. Pas contente du tout.

           —  C’est un privilège de rencontrer des écrivains, de discuter avec eux, de les entendre parler de leur travail… Mais comment voulez-vous échanger trois mots, dans un chambard pareil ?

          Ces mots, cependant, nous les échangeâmes. Car elle m’entraîna sur les rives du Tarn où nous passâmes, au calme, quelques heures exquises.  

        Depuis, nous sommes amies. Mais je n’irai plus jamais au salon de Montauban. Qu’on me prenne en otage, finalement, j’aime pas trop.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 29 Août 2014 à 22:22

    Il ne reste plus aux auteurs qu'à traquer les concerts des percussionnistes du Bronx, et à écrire bruyamment pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

    2
    Ours
    Vendredi 29 Août 2014 à 23:06

    Bonjour ! Je viens de découvrir votre blog par hasard, en faisant défiler la liste de blogs chez Bouletcorp. Je me rappelle parfaitement votre nom d'un souvenir lointain : vous avez écrit L'Amour en chaussettes, un livre que j'avais emprunté à la bibliothèque quand j'étais petite. Je me souviens même assez bien de ce jour-là : la médiathèque allait fermer dans cinq minutes, il fallait vite que je me décide à choisir un livre ! J'ai tiré celui-ci au en lisant votre nom "Gudule", qui m'intriguait. (j'avais un recueil de nouvelles pour enfants dont certaines avait pour héroïne une fillette nommée Gudule). Je crois que la couverture était grise ? Le titre me semblait rigolo, l'illustration (si je me souviens bien, une chambre en désordre avec des chaussettes sur le sol... non ?) pas du tout explicite quant au contenu du livre ! Pressée par l'horloge, je me suis enfuie avec, aussitôt. J'avais huit ou neuf ans, et j'ai découvert cette histoire qui parlait de sexe et de capote avec les yeux écarquillés, et le sentiment de l'interdit. A l'époque je ne connaissais que les collections Folio Junior, Cascade, et les Chair de Poule. J'avais l'impression de grandir en lisant ce livre. Je pensais qu'il avait été placé par erreur dans les rayons pour enfants, et qu'il avait sa place chez les adultes. J'étais, à la fois curieuse parce que ça parlait de sexe - tabou, pour les enfants ! surtout dans ma famille conservatrice. - et séduite parce que je crois me rappeler que c'était bien, comme livre. J'ai alors décidé que c'était fini pour moi, les trucs pour les gamins, et j'ai commencé à piocher, complètement à l'aveugle, dans des livres que des plus grands autour de moi lisaient. C'est complètement fortuit, mais c'est ce qui a causé la très rapide évolution de ma culture littéraire.

     

    Aujourd'hui j'ai vingt ans et j'entre en master de Lettres modernes. Je ne me souviens plus de ce qui se passe dans L'Amour en chaussettes ; du reste, j'ai une tendresse pour ce roman qui a marqué un tournant dans ma vie littéraire. Merci pour l'avoir écrit !

    3
    Vendredi 29 Août 2014 à 23:21

    Bonsoir, Ours. Pour un premier roman, tu n'as pas choisi le plus facile mais le plus scandaleux. C'était une bonne idée, je trouve. Si ça t'amuse, tu peux trouver toute l'histoire de "l'Amour en chaussettes" dans l'une des anecdotes du premier tome des "Grands moments de solitude".

    4
    Vendredi 29 Août 2014 à 23:55

    A mes lecteurs : contente de vous retrouver là, merci de m'avoir suivie sur Eklablog.

    5
    Samedi 30 Août 2014 à 08:40
    Tororo

    Ouah, c'est allé vite ce déménagement! Vous avez déjà tout refait les peintures et rapporté tous les meubles de la vieille maison. Félicitations et meilleurs vœux!

    6
    Samedi 30 Août 2014 à 09:55

    Ah ça, c'est Castor qui a tout pris en main ! Magnifique, non ? Nous voilà installés dans un endroit tout propre, sans parasites,  over-blog peut se faire des papillotes avec ses pubs de merde !

    7
    Samedi 30 Août 2014 à 10:04

    Haaaa ben c'est bien, ici, je préfère en fait ! les commentaires en dessous des textes, direct comme ça sans avoir à cliquer... Bravo Castor !

    8
    Samedi 30 Août 2014 à 10:35

    Petite cerise sur le gatô : avez-vous pensé à survoler de votre souris les menus de la bannière, en haut ? intello

    9
    Samedi 30 Août 2014 à 14:42
    Tororo

    Castor: ouiiii! Gudule est partout. yes (et en plus on peut mettre des petits bonshommes tongue ). Petite question pratique: je vois qu'on est invité à "s'inscrire au blog", (mais que si on n'est pas inscrit le blog accepte quand même les commentaires, ouf). C'est mieux si on s'inscrit?

    10
    Samedi 30 Août 2014 à 16:01

    Bonne question, Tororo ! En fait, c'est un formulaire d'inscription au réseau Eklablog, il n'a rien à faire à cet endroit. J'ai eu beau fouiller tous les recoins, ouvrir les placards, retourner les tableaux, je n'ai pas réussi à supprimer ou modifier cet étrange menu. On peut le déplacer dans le "header", mais pas ailleurs. Quand on se connecte en tant qu'administrateur, les trois titres "connexion", "inscription" et "créer mon blog" sont remplacés par "Mon profil" et "Déconnexion". Or le lien "profil" devrait pouvoir être vu par les visiteurs, n'est-ce pas ? Je vais essayer de joindre les admins d'Eklablog quand j'aurai un moment...

    11
    Mardi 30 Décembre 2014 à 10:42

    Coucou, j'arrive après la pendaison de crémaillère officielle mais je le dis quand même, à un espace temps d'intervalle : bienvenue dans ton nouveau barrage-barré, aménagé par l'ami Castor !

    Les percus du Tarn que tu nous racontes m'ont fait halluciner sur la stupidité de certaines municipalités... Espérons que le différent aie été réglé depuis !

    J'ai bien aimé aussi le témoignage d'Ours, je me suis retrouvée, toujours avec cet espace temps d'intervalle (en avance ce coup-ci !) dans ses mots et sa découverte de ton œuvre ^^

    Bref, tout ça pour dire : ça a l'air sympa ici :)

     

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