• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 51

    Discrimination positive

      Quand j’étais en pension à Jupille (voir rubrique 21), je passais les week-ends chez mon oncle et ma tante, au Thier-à-Liège. Un dimanche midi, l’aîné de mes cousins, qui avait fait son service militaire au Congo, invite un copain « indigène » à la table familiale. Or, des Noirs, on n’en voit pour ainsi dire jamais, en Belgique, à cette époque. De ce fait, sa présence crée un léger malaise ; pendant le repas, personne ne pipe mot.

             Ma tante, en maîtresse de maison accomplie, s’efforce de rompre le silence, mais ses références se bornent à « Tintin au Congo ». Avec une candeur sidérante, elle interroge donc :

             —Toi être depuis longtemps dans notre pays ?

             Sans paraître vexé, le jeune homme lui répond, dans un français châtié, qu’après quelques années de droit à l’U.L.B., il vient d’être admis en Sciences po, à Paris. S’ensuit, avec mon oncle, une conversation dont j’ai oublié la teneur, mais où l’invité se montre si brillant qu’il finit par tenir le crachoir à lui tout seul.

             Moi, je l’écoute religieusement. Et si je ne comprends pas grand-chose à son discours, son éloquence me subjugue. De plus, étant déjà farouchement antiraciste, je suis ravie de ce retournement de situation. Si bien qu’une fois le déjeûner terminé:

             — Quand je serai grande, j’épouserai un Noir, glissai-je à ma tante, en débarrassant la table.

             — Pourquoi ? s’étonne-t-elle.

             — Ils sont bien plus intelligents que nous !

    Ma réflexion a fait le tour de la famille. Mes parents ont beaucoup ri, et pendant tout un temps, papa m’a surnommée « madame M’Boulou ». Jusqu’aux émeutes de l’indépendance, trois ans plus tard, où j’ai eu droit à un acerbe :

       — Tu peux être fière ! Tu vois comment ils se comportent, tes Noirs ?

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Février 2012 à 16:17
    Castor tillon
    Excellent. La phrase de Tata, ça me rappelle presque à l'identique un ancien gag dans "Tanguy et Laverdure". Ce genre de truc me met en joie !
    Je constate que quoi qu'il arrive, c'est toujours ta faute, les émeutes, etc. Jamais vu pareil trublion, parole !
    2
    Mardi 7 Février 2012 à 17:22
    Castor tillon
    Depuis le temps que tu me fais rire, je vais te renvoyer un (petit) ascenseur : tu peux aller lire sur "Calipso" une courte idiotie de mon cru avec, en point d'orgue, une formule que tu reconnaîtras et qui m'avait coûté un ou deux zygomatiques il y a quelque temps.
    http://calipso.over-blog.net/article-les-100-derniers-jours-j-90-98690199-comments.html#anchorComment
    3
    Mardi 7 Février 2012 à 18:11
    Castor tillon
    Merci beaucoup ! Les stupidités, je ne m'en lasse pas, hu hu !
    4
    Zakaria HOUSSA
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    Zakaria HOUSSA
    je m’appelle ZAKARIA HOUSSA, je veux vous joindre par e mail afin de vous envoyer mes histoires si c est possible bien sur et merci d'avance. j’attendrai votre réponse .
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    gudule
    Vous pouvez m'envoyer un message personnel en utilisant la fonction "contact" qui se trouve tout en bas de la page de mon blog.
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    gudule
    Et le pire, c'est que c'est pas exprès ! C'est d'ailleurs là que réside toute la difficulté...
    7
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    Odomar
    Je me souviens aussi du temps (années 50) où dans ma petite ville (St-Omer, 20.000 hab.), il y avait 1 jeune Noir.
    8
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    gudule
    @ Odomar : dans les grandes villes comme Bruxelles ou Liège, il n'y en avait guère plus...
    @ Castor : très drôle ! Et j'ai particulièrement apprécié le louvoyeur !
    9
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    gudule
    Ah, la volupté des jeux de mots débiles... Pour moi, c'est de l'Art (avec majuscule !)
    10
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:49
    gudule
    On est deux !
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