• grands moments de solitude 48 (tome 2)

                                   Accouchement sous X

     

    Bon, la provo, j’aime ça, ce n’est un secret pour personne. Un soir de 1977, avec quelques copains, nous décidons d’aller au cinéma. Reste à choisir le programme. Chacun y va de sa  suggestion ; perso, j’opte pour un film de boules.

            — Dans ton état ? s’effare Alex. Je te rappelle que tu es enceinte de huit mois.

             Justement ! Outre le fait que la situation m’amuse par son petit côté transgressif,  j’ai un rêve secret : accoucher dans un ciné porno, comme d’autres dans un taxi ou un Boeing 707. Ce serait si rigolo à raconter, plus tard, à l’enfant à venir !

             Faisant fi des réticences du futur père, nous voilà donc partis. Le Brady n’est pas loin ;  c’est un très chouette endroit malgré sa programmation de chiotte. Les potes se marrent comme des baleines tandis que j’arpente les travées de velours rouge, le ventre en avant et cambrée à l’extrême.

             On s’installe ; la séance commence. Sur l’écran, les acteurs s’activent. Dans la salle, les spectateurs se concentrent.  Et moi, tiraillée par un méchant mal de dos, je cherche désespérément une position  confortable sur un siège qui ne l’est pas du tout.

             Bref, tenaillée par les crampes, je me tortille en soupirant, ce qui n’échappe pas à mon voisin de derrière. Tout émoustillé par ce qu’il prend pour de l’excitation, le voilà qui  commence à haleter en cadence,  l’œil vrillé sur ma nuque.

             Oups, d’un seul coup, je trouve la situation nettement moins marrante. Par chance, Alex a perçu mon malaise et me propose de rentrer à la maison, ce que j’accepte avec soulagement. 

             En me voyant me lever, énorme et titubante, puis m’éloigner au bras de mon mari, le type a dû débander illico, je suppose. D’autant que, sans me vanter, le film était très nul.

     

             J’ai accouché la semaine suivante, en clinique comme tout un(e) chacun(e). On ne peut pas toujours être à la hauteur de ses ambitions !

            

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  • Commentaires

    1
    Mardi 29 Juillet 2014 à 23:19
    Castor tillon
    Moi, j'allais au Brady pour voir des films d'épouvante, brr.
    J'y ai vu des gens accoucher de leur dîner. Le RENDU était très réaliste.
    2
    Mardi 29 Juillet 2014 à 23:22
    Gudule
    remarque, accoucher devant un film d'horreur, c'est assez classe, aussi. Et gore, surtout. Bizarre que je n'y ait jamais pensé
    3
    Mercredi 30 Juillet 2014 à 14:46
    Tororo
    Pour rendre à la diversité du cinéma l'hommage qui lui convient, il faudrait accoucher beaucoup de fois, tout de même.
    4
    Mercredi 30 Juillet 2014 à 15:55
    Gudule
    Bof, ma grand-mère a eu onze gosses, et pourtant, elle n'était pas cinéphile
    5
    Samedi 9 Août 2014 à 09:21
    Pata
    Sacrée Gudule !! :))))
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