• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 31

    La Strada version X

       Montparnasse, début des années 80. Je sors de chez Fluide Glacial où je suis allée livrer ma chronique mensuelle, « Psychnalyse de la braguette », quand je tombe sur un copain, appelons-le Benoît.

             « Quelle coïncidence ! » me dis-je.

             Mais en est-ce vraiment une ? Depuis quelques temps, bien que marié et heureux en ménage, Benoît me lance des regards chauds.

             — Ils redonnent La Strada rue de Rennes, m’explique-t-il. Je vais le voir. Ça te tente ?

             — Avec plaisir, j’adore Fellini.

             Nous voilà donc partis bras-dessus bras-dessous vers le cinéma. Curieusement, alors que la salle est quasiment vide, Benoît choisit  les places du fond — mais bon, comme il est myope, je suppose qu’il voit mieux de loin, et perso, je n’aime pas avoir le nez sur l’écran.

             Le film commence et, insensiblement, sa main grimpe sur ma cuisse. Ce n’est pas désagréable ; on se sourit dans le noir. Quand arrive le générique de fin, Benoît est sous mon siège et je flirte éhontément avec le septième ciel.

             Soudain, sans crier gare, il bondit sur ses pieds, en proie — je le comprendrai plus tard — à une crise de parano aiguë. Un effet secondaire de la culpabilité, je suppose

             — Je suis sûr que ma femme est dans la salle, souffle-t-il.

             Sans me laisser le temps de reprendre mes esprits, il me tire dans l’allée.

             —Dépêche-toi ! Faut qu’on file avant que les lumière se rallument !

             J’empoigne mon sac, me rajuste vaille que vaille et le suis en somnambule. Une fois dehors, il hèle un taxi ; on s’y engouffre dare-dare.

             — Démarrez ! ordonne-t-il d’une voix étranglée. Viiite ! Les spectateurs vont sortir !

             J’ai jamais vu quelqu’un d’aussi flippé...

             Ce fut l’unique fois où nous péchâmes ensemble.

             Mais le plus triste, dans tout ça, c’est que je n’ai jamais retrouvé ma culotte. Et elle valait la peau des fesses ! 

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 18 Janvier 2012 à 13:47
    Castor tillon
    Sa femme devait être une sacrée maritorne.
    J'ai déjà observé ça une fois : un homme délogé par sa moitié d'un endroit où il n'aurait pas dû être (il ne faisait pourtant rien de mal), et obligé de fuir, terrorisé, devant un bout de chou d'un mètre soixante-cinq. C'est impressionnant.
    2
    benoit barvin
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    benoit barvin
    Mon Dieu... des dessous si difficilement gagnés... A la sueur de... heu?
    3
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    Odomar
    Enfin du X !

    Même si la frustration est au rendez-vous (c'est ça, le 'cunnilingus interruptus' !)
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    @ Benoît : Uniquement à la sueur des "Psychanalyses de la braguette" !
    @ Odomar : tttt, tout de suite les grands mots !
    @ Castor : Il y a plus de maris battus qu'on ne le pense !
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