• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 237

    Sans peur et sans reproche

            Quand j’ai, à mon corps défendant, permis à Mélanie de regarder son premiers film d’horreur (La nuit des morts-vivants, de Roméro), je me suis mentalement traitée de tous les noms. « Tu es en train de bousiller ta fille, me disais-je en moi-même. Sept ans, c’est bien trop tôt pour un spectacle pareil ! Si elle devient hystérique, mythomane ou hypocondriaque, ce sera ta faute, mère indigne. »

             Eh bien, je me trompais : elle n’a jamais eu peur du noir ni des croquemitaines, et je ne connais personne de moins angoissé qu’elle. En voici un exemple parmi d’autres :

             Cette année-là — elle devait avoir huit ou neuf ans —, nous passions nos vacances chez un copain, dans l’Aveyron. Il habitait, à flanc de colline, une baraque à moitié restaurée, à côté d’un hameau en ruine. Déjà ça, c’était pas mal flippant. Et que dire des cabinets ? Une petite construction au milieu des bois, à une bonne cinquantaine de mètres de la maison. Imaginez, si un besoin pressant se faisait sentir, la nuit...

             Or, c’était justement le cas. Et Sylvain qui dormait à poings fermés !

             « Je ne vais quand même pas le réveiller pour qu’il m’accompagne, me dis-je en moi-même. J'aurais vraiment l'air trop con ! »

             N’empêche, je n’en menais pas large...

             Me voyant me lever en douce, Mélanie, qui partageait notre chambre, me demande où je vais.

             — Aux toilettes, mais ça me fiche les jetons, tu peux pas savoir ! 

             —Tu veux que je t’emmène ?

             Joignant le geste à la parole, elle me prend par la main,  m’entraîne tranquillement dans la forêt nocturne et, une fois à destination, m’attend devant la porte en observant la lune avec ravissement. Et comme  je m’étonne :

             — Tu n'as pas peur ? 

             Elle me répond suavement :

             — Penses-tu ! J’en ai vu d’autres !

             

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Novembre 2012 à 08:51
    Benoît Barvin
    Pourquoi oublions-nous toujours ce qui se passait dans la tête de notre petit enfant intérieur? L'écriture est peut-être un moyen de combler cette perte...
    2
    Vendredi 16 Novembre 2012 à 09:31
    Benoît Barvin
    Ciel, je suis découvert!
    3
    Samedi 17 Novembre 2012 à 04:41
    Castor tillon
    J'avais un oncle qui habitait dans le même genre de site, avec les mêmes toilettes. Quand tata sortait après la tombée de la nuit, elle pissait pratiquement sur le perron, et rentrait précipitamment en en laissant une bonne partie dans la culotte.
    Ce film-là, de Romero est particulièrement effrayant. Même le remake qu'il a fait en couleurs n'a pas cette intensité.
    4
    Dimanche 18 Novembre 2012 à 18:56
    Martine27
    C'est elle ou c'est toi qui écrit les histoires qui font peur ?
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    T'as oublié, toi ? Je n'en crois pas un mot. Quand je te vois évoquer ton enfance, j'y suis !
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    Certes ! Tu es un vieux petit gaarçon comme je suis une vieille petite fille. On n'y peux rien, on est programmés comme ça.
    7
    Nadege
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    Nadege
    Je ne peux en regarder depuis que j'en ai vu un par accident vers 3/4 ans...
    8
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    Bof, ce n'est quand même que des effets spéciaux... Olivier avait abonné Mélanie à la revue Mad Movies, qui détaillait, justement, toutes les techniques des effets spéciaux de films d'horreur. Du coup, ils perdaient leur aspect effrayant.
    9
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    Si Mélanie n'avais pas été là, j'aurais sans fait comme ta tata. Bénie soit ma fille, qui veille sur l'élégance de sa mère...
    10
    Nadege
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    Nadege
    N'empêche que je ne peux pas en regarder...
    11
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    En confidence, moi non plus. Je me suis efforcé, pendant des années, d'accompagner mes enfants dans ce genre de spectacle, mais dès qu'ils ont pu les assumer tout seuls, j'ai cessé d'en regarder. J'en écris, en revanche.
    12
    Nadege
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    Nadege
    Lire ça passe, peut-être parce que je me fais ma propre représentation de la scène.
    13
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:40
    gudule
    Ecrire, c'est pareil.
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