• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 22

    Premier baiser

      Je venais d’avoir treize ans, et sur la route des vacances, mes parents s’étaient arrêté en Alsace, chez des amis. Ce couple d’une cinquantaine d’années — appelons-le M. et Mme Baum — accueillait pour l’été son petit-fils François, garçonnet de quatorze ans aux allures de moineau chétif : cheveux ras, grandes oreilles et grosso-modo une tête de moins que moi.

             La chambre de ce jeune homme était voisine de la mienne, tandis que celles des adultes se trouvaient de l’autre côté du bâtiment. N’ayant pas sommeil malgré l’heure tardive, nous nous accoudons à nos fenêtres respectives pour discuter un brin. La magie de la nuit aidant, nos propos, tout d’abord anodins, s’orientent peu à peu vers des aveux torrides. Et, emporté par le romantisme de la situation, François finit par m’avouer « je t’aime », d’une voix vibrante.

             Bien qu’il n’ait rien du prince charmant, une telle déclaration ne me laisse pas insensible. Une fois couchée, j’y pense et j’y repense, de sorte que le lendemain, au petit déjeûner, je suis toute troublée. Lui aussi. Nous nous lançons des regards brûlants par-dessus nos bols de café au lait. Et quand on sort de table :

     — Viens, dit François, en m’entraînat vers le salon, dont les volets sont encore clos.

             Il referme la porte et, à tâtons, m’embrasse. Sur la bouche, oui, oui. Avec la langue ! A cet instant précis, son grand-père entre, allume l’électricité et s’étonne.

             — Ben... que faites-vous dans le noir, tous les deux ?

             En bredouillant des excuses, on s’éclipse. « S’il cafte à mes parents, ça va être ma fête ! » me dis-je, terrifiée. Mais M. Baum ne dit rien. Nous a-t-il vus ou pas ? Je ne le saurai jamais. En tout cas, quand, une heure plus tard, nous avons regagné la voiture pour continuer notre voyage, j’ai poussé un sacré soupir de soulagement !

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Janvier 2012 à 08:24
    benoit barvin
    Meunion tout plein... Jolie texte du matin...
    2
    Lundi 9 Janvier 2012 à 15:24
    Castor tillon
    Hé hé hé (*ricanements incoercibles*). Je pense que monsieur Baum avait vu, et que c'est un brave homme. Je pense aussi qu'il s'est dit qu'il y avait de l'espoir pour son petit prince aux grandes oreilles.
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    Forcément, c'est un sujet en or !
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    Je le pense aussi, avec le recul. Il ne devait pas avoir les mêmes a-priori que mes parents sur le bien et le mal.
    5
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    Odomar
    Voilà qui met du Baum au coeur.
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    Oh, Gérard ! Tu n'as pas honte ?
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