• grands moments de solitude 209 (tome 2)

     

                                           Victor

     

             Frédéric était un enfant très tendre, un petit cœur affamé d’amour, si bien qu’il demandait sans cesse à son entourage :

              — Est-ce que tu m’aimes ?

             Personne, bien sûr, n’aurait eu la cruauté de lui répondre « non », sauf Victor.

            Victor, c’était le neveu d’Alex, un garçonnet de six ans beau comme le jour, dont les profonds yeux noirs vous perçaient jusqu’à l’âme.

             — Tu m’aimes ? demandait Frédéric.

             — Non, répondait Victor ; et Frédéric pleurait (ce qui me donnait envie d’étrangler l’affreux gnome).

             Sur ces entrefaites, Olivier naquit, et, mes parents, fraîchement débarqués de Belgique pour fêter l’événement, organisèrent un baptême en grande pompe.

             Rituel maronite oblige : Fred et Victor furent embauchés par le curé comme porte-cierges ; si bien que, muni chacun d’une bougie allumée, ils escortèrent le nouveau-né jusqu’aux fonds baptismaux. Et ce qui devait arriver arriva.

             — Tu m’aimes ? demanda Frédéric à son compère

             — Non, répondit Victor.

             C’était un « non » de trop. Saisi d’une colère noire, Fred, qui subissait ces camouflets depuis des mois, eut une réaction que j’approuvai sans réticence : il cassa son cierge sur la tête du goujat. Ce dernier ayant riposté, un combat homérique s’engagea et l’on put voir une boule de fureur rouler, emberlificotée, le long de la nef centrale, sous les gloussements de rire de l’assistance.

             Saisis au collet par le sacristain, les deux trublions furent éjectés manu militari et le saint lieu profané retrouva sa quiétude.

             Y a-t-il une relation de cause à effet entre l’athéisme viscéral d’Olivier et cet incident fameux ?

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  • Commentaires

    1
    Joëlle
    Vendredi 15 Janvier 2016 à 12:37

    Se rebeller contre un tortionnaire provoque déjà en soi ma sympathie, mais l'écharper à coup de cierge...La classe. 

      • Vendredi 15 Janvier 2016 à 14:57
        Mais à quoi cierge ? s'est probablement demandé le sacristain. On ne sait pas où il a évacué les deux enragés, mais ils ont dû finir de s'entretuer en toute quiétude.
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