• grands moments de solitude 205 (tome 2)

     

    Juste un coup de pouce !

     

             Au début des années 1980, suite au licenciement abusif de milliers d’ouvriers, une célèbre marque de produits laitiers se retrouva dans le collimateur du « Pouce Vengeur ». Cette organisation d’utilité publique s’était donné pour  mission de « moraliser » la grande distribution, salement corrompue par la politique ultra-libérale du pouvoir en place. Pour ce faire, des escouades de « robins des bois alimentaires » avaient envahi les supermarchés, direction rayon frais. La tactique de représailles était on ne peut plus simple : chaque membre de l'expédition punitive s’emparait d’une boîte de camembert, l’ouvrait, et enfonçait son pouce dans la pâte molle jusqu’à la première phalange. Du coup, inconsommable, le truc. Les clients suivants faisaient : « Beeeeerk ! » et tout le stock restait sur les bras du gérant qui n'avait plus qu'à qu’à le consommer lui-même, à défaut de pouvoir le remettre en vente, sauf…

             …sauf s’il se comportait avec intelligence, ce qui arrivait parfois dans ce secteur d’activité.

             Sur les conseils de mon ami Julien (64 ans aux cerises), le directeur du magasin Alimentex de la rue de la Roquette, avait fait preuve, ce jour-là, d’une bonne initiative. Plutôt que de s’auto-punir en absorbant les résidus de doigts des militants sociaux, il fit don des denrées abîmées aux associations humanitaires du quartier. Ainsi s’épargna-t-il à la fois une méga-corvée gustative, et se donna-t-il bonne conscience en aidant les plus démunis.

             Or, il se fait que récemment, la direction d’une grande surface dont j’ignore le nom (sans quoi je vous l’aurais donné, vous pensez bien !) a porté plainte contre des personnes ayant récupéré des produits périmés dans ses poubelles, pour s’en nourrir. Et il s‘est trouvé une « justice » pour avaliser cette ignominie. Ah, que je regrette le temps des Pouces vengeurs !

             Bon, je peux comprendre que, effarouchés par les règlements drastiques sur l’hygiène, ce commerçant ait jugé prudent de se protéger, en cas d’empoisonnement de ses « voleurs ». Certaines lois absurdes incitent des individus en apparence normaux  à se comporter comme de véritables ordures. Mais il existe d’autres lois rendant obligatoire l’aide aux  personnes en danger, voyez ? Des personnes qui n‘ont rien à bouffer, nulle part où dormir, et qui crèvent à petit feu de l’égoïsme hystérique de leurs contemporains.

    Un petit coup de pouce, des fois, ça peut sauver une vie !

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  • Commentaires

    1
    Cachou
    Samedi 9 Janvier 2016 à 18:49

    Rien de tel qu'un coup de pouce pour ne pas être mis à l'index.

    Ok, je sors ....

      • Samedi 9 Janvier 2016 à 20:48

        C'est ça, sors, vilaine.

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