• grands moments de solitude 195 (tome 2)

                                               Journal intime d’une pensionnaire

         

             Mettre sur pied une édition de romans de gare à tendance érotique était, depuis toujours, le souhait du patron du Pubnou. Mon « Sexe des anges » inaugura la chose  sous le titre falsifié de «  Soumise à mon élève », suivi de près par «  Journal intime d’une pensionnaire »,dont la fraîcheur et le parler puéril plurent d’office à mon commanditaire , mais qui ne survécut pas à l’arrêt de la collection.

             Sur le conseil d’amis écrivains, je le proposai donc à un autre éditeur, La Mutine, spécialisé dans les textes lestes, de préférence féminins

             Après lecture, le directeur  de La Mutine m’annonça :

             — Votre roman nous intéresse mais nous ne pouvons le publier en l’état. Le style n’est pas assez mûr. Il sera réécrit par un professionnel.

             Je fis un bond en l’air :

             — Hein ?? Qui  ?

             — Luc Gaspard ; Vous devez le connaître : c’est le champion des rewriters.

             — Luc ? La bonne blague ! Un de mes plus anciens pigistes ! Ça fait dix ans que je corrige ses fautes d’orthographe et de syntaxe.

             J’en profitai pour signaler à M. Mutine que le style qu’il contestait n’était ni le fruit du hasard, ni un manque de savoir-faire, mais une volonté délibérée de « coller » au personnage, et ce pour le plus grand confort des lecteurs.

             Ayant refusé l’humiliant lifting, je tournai dignement les talons, comme l’avait fait avant moi Jean Rollin,  outré par un accueil semblable.

              «  Enfer privé », arraché de justesse aux griffes du prédateur, devint, par la suite un film remarquable, et fut réédité aux Belles Lettres— ce qui, en terme éditorial,  vous a quand même une autre gueule que La Mutine, pas vrai ? 

             Quelques mois plus tard, une mésaventure de cet ordre affectait mon amie Luna dont les romans french love, traduits dans le monde entier, rencontrent un gros succès outre-Atlantique.

             Bien joué, M. Mutine ! Voilà ce qu’on appelle de la sagacité !

            

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 29 Novembre 2014 à 22:10

    "Le sexe des anges", c'est leste ! Euh, pardon : céleste.

    2
    Dimanche 30 Novembre 2014 à 22:13

    le mot est léger, cher Castor ; je dirais même aérien !

    3
    Lundi 1er Décembre 2014 à 17:30

    Ahaha... Monsieur Mutine! Pourquoi pas? Bien qu'il n'ait rien de mutin, l'olibrius, puisque j'ai fait la même expérience avec lui. Mais moi, ben... j'avais tellement envie de voir mes romans paraître que j'ai accepté de les laisser tripatouiller (ceci dit, pour des écrits érotiques, c'est un peu normal, non?). Chez Monsieur De Valiers, par contre, on ne me réécrivait pas - je ne suis même pas sûr qu'on me lisait. Mais j'ai quand même réussi le tour de force d'être publié en douce (j'avais envoyé un manuscrit sans demander d'assurances écrites, le naïf!), puis j'ai été accusé d'avoir voulu - deux ans plus tard - copier le roman volé pour le refiler indûment aux éditions De Valiers! tongueComme quoi, le monde de l'inédition est vraiment un bel univers de fripouilles même pas sympathiques... Ce qui ne nous change pas des politiques et des journalistes...clown

    4
    Samedi 27 Juin 2015 à 08:31

    Joli mot de Castor, pour clore ces vilains maux du monde de l'édition ^^

    5
    Mardi 14 Juillet 2015 à 19:30

    Hé hé, Rémy, tu devrais publier des solitudes, toi aussi !

    6
    Mardi 14 Juillet 2015 à 19:31

    Merci ma Pata^^

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