• grands moments de solitude 194 (tome 2)

     

                               La belle et la bête

     

             C'était comme ça que Shabazz le surnommait : «  L’ignoble Baffrelard ». Alors, moi, ça me faisait des images dans la tête, forcément ! J’imaginais un être parfaitement répugnant, genre extraterrestre visqueux, à mi-chemin entre le phacochère et le glaviot, voyez ? Un baffrelard, quoi ! Et qui plus était, ignoble !

     Difficile de croire que la Mondeva déifiée par  les photos, les tableaux et les poèmes de Shabazz (son ex-mari, qui n’avait jamais aimé qu’elle) ; difficile de croire, dis-je, que l’élégante Mondeva, déesse shabazzienne par excellence, ait pu s’amouracher d’une telle atrocité.

             Bref, cette affaire-là me turlupinait. Il fallait vraiment que je l’examine de près !

             Un dimanche matin, je me pointe donc chez la belle et la bête, sous le fallacieux prétexte d’un p’tit café dominical (j’apportais les croissants, quand même !). Et qu’y trouvé-je, outre la dame en question, coquettement parée de fringues de grandes marques ? Un pépère en pantoufles, plongé dans son journal, avec ce bon sourire des barbus grisonnants qui accusent sans complexe un début de cinquantaine. C’était  donc  ça, un ignoble baffrelard ? Juste ça ? Foutre ! J’en restai subjuguée.

             — Toi et tes conneries ! reproché-je à Shabazz, au terme de  l’édifiant constat. A force de délirer, tu finirais par nous faire prendre ta vessie pour une lanterne ! L’« ignoble Baffrelard », c’est quelqu’un de bien, je t’assure ! D’ailleurs, comment peux-tu imaginer que Mondeva, après t’avoir aimé pendant quinze ans, te remplace, toi, l’artiste qu’elle admire tant, par une bestiole sans envergure ?

             Cet argument porta. L’égo frétillant, mon Shabazz retrouva son sourire, et l’ignoble Baffrelard fut renommé officiellement : «  Rival ultime  », (ce qui a quand même plus de classe, je trouve).

     

             Depuis, ils sont devenus potes ; d’où l’importance d’appeler un chat un chat, un baffrelard un baffrelard et surtout, mes amis, retenez bien ceci : un rival un rival !

     

     

    Quelques solitudes retrouvées par hasard... du coup, on a une petite semaine de textes assurée. Youpi.

    Dit le Castor.

            

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  • Commentaires

    1
    Luna
    Mardi 5 Janvier 2016 à 22:13

    D'autant plus Youpee que j'avais dû louper celle ci, qui ne me dit rien (ou alors, ma mémoire d'huître...?)

      • Mardi 5 Janvier 2016 à 22:43

        Gudule et Shabazz : un numéro de duettistes que j'adore !

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