• grands moments de solitude 192 (tome 2)

     

                                           Merci, Bernard !

     

           Aux appels de cet étourneau, grand branle-bas dans Landerneau (G. Brassens)

     

                    En 1979, à Angoulême, je croise Yvan Delporte, figure éminemment charismatique de la BD. Non content d’être le scénariste — entre autres — des Shtroumpfs, il fut, durant de longues années, rédacteur en chef de Spirou. De sorte que l’on put voir déambuler, courant 1960-70, sa célèbre silhouette voûtée et fortement barbue à l’arrière-plan des cases de Roba, Jidéhem, Morris, Will et consorts.

             — Je dirige, chez À Suivre, quatre pages de supplément incluses dans la revue, m’explique-t-il. Un « journal dans le journal » dénommé Landerneau, indépendant de la rédaction-mère, et auquel participent des tas de gens sympas : Franquin, Binet, Fred, Cabu, Jannin, etc. Mais nous manquons de rédacteurs et surtout d’une rédactrice. Veux-tu te joindre à nous ?

             Et comment !

             — Euh... c’est quoi, les limites ? m’enquis-je néanmoins.

             — Pas de limite. Si je m’adresse à toi, c’est que je connais ton travail. Lâche-toi, ma grande, faut que ça rigole !

             Je me lâche donc, ce qui donne un feuilleton d’une vingtaine d’épisodes, bourré de jeux de mots d’un goût douteux et délicatement intitulé « Les aventures de Zoé Borborygme, trayeuse dans une banque de sperme ». Yvan applaudit : voilà qui va secouer son lectorat !

             — Non seulement on a une femme dans l’équipe, mais en plus, elle est drôle et elle bosse, clame-t-il à qui veut l’entendre.

             Son enthousiasme sera de courte durée. Dès le deuxième épisode, la sentence tombe : monsieur Casterman ne veut pas d’immondices dans son beau journal. Zoé doit disparaître.

    Yvan est convoqué, tancé d’importance ; il riposte vertement, le débat s’envenime, le mot « censure » est prononcé... Et, plutôt que d’éliminer purement et simplement ma chronique, comme l’exige la direction, le barbu rebelle remplace le texte par un pavé noir, accompagné d’un magnifique dessin de Franquin me représentant, en larmes, tandis que lui-même, dans une vaste bulle, me réconforte en répétant à sa façon les mots salaces qui ont motivé mon bannissement.

             Ce vent de révolte sonnera la fin de Landerneau. Désormais, À suivre se passera de son supplément, devenu par trop subversif.

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Franquin, avec sa gentillesse coutumière, m’offre le dessin original. Un trésor ! Trésor que je « prêterai » sottement à Charlie hebdo pour illustrer l’article dénonçant cette affaire. Et que, en dépit de mes demandes réitérées, je ne récupérerai jamais. Un petit malin, à la rédaction ou à l’imprimerie, aura mis la main dessus, et sans doute fait-il aujourd’hui la fierté d’une collection privée...

             Quarante ans plus tard, j’ai toujours les boules.

             La quatrième de couverture du présent recueil est la reproduction de ce dessin, paru dans la presse et archivé par Bernard Joubert, écrivain et journaliste spécialisé dans la censure.         

             Merci Bernard !

     

    Franquin

     

    « grands moments de solitude 191 (tome 2)Monsieur Felipe »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :