• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 19

    L'odeur du pénis

     Nous étions toute une tablée, ce jour-là, dans le restaurant chinois : mon ami Sylvain, Alex mon ex, nos deux petites-filles, Nina et Barbara, respectivement âgée de six et dix ans, mon frère Claude, vénérable vieillard à barbe blanche, et moi. Le serveur nous apporte nos commandes et, devant sa soupe aux raviolis de crevettes, voilà Nina qui s'écrie, de sa petite voix pointue :

    — Oh, cette odeur me rappelle quelque chose !

    — Ah ? nous étonnons-nous benoîtement. Quoi donc ?

    — Je ne me souviens plus...

    Elle fait un tel effort de mémoire qu'elle en grimace puis, soudain, son visage s'éclaire.

    — Ah, je sais, s'écrie-t-elle haut et fort. Ça sent le pénis !

    Instantanément, le silence se fait autour de nous et tous les yeux convergent vers les trois mâles accompagnant la malheureuse enfant : mâles qui, est-il besoin de le préciser, se raratinent sur leur siège.

    — Mais Nina, qu'est-ce que tu raconte ? m'écriai-je, suffoquée.

    — Oui, oui, ça sent le pénis, s'obstine la petite fille. Je t'assure, je connais très bien cette odeur !

    — Tu ne voudrais pas dire "l'anis", par hasard ? interroge sa sœur aînée.

    Nina a un éclatant sourire.

    — Ah oui, c'est ça, l'anis... C'est presque la même chose !

    Le feu nourri de regards accusateurs a glissé sur Sylvain, Alex et Claude que j'ai nettement vu reprendre leur respiration, et les conversations se sont poursuivies comme si de rien n'était. N'empêche, nous l'avions échappé belle : c'était au début des années 90, en pleine période de chasse aux sorcières !


     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 6 Janvier 2012 à 09:48
    benoît barvin
    Mais ça continue toujours, cette chasse à l'anis, chair et Sainte Gudule... Ceci dit, pas évident d'être mâle dans cette société qui n'aime que les bien portants. Bisous du matin.
    2
    Vendredi 6 Janvier 2012 à 19:43
    Castor tillon
    Mmmm... un parfum de lynchage a flotté dans l'air. Pour une fois, ce n'est pas Gudule la fauteuse de trouble. ça repose.
    J'imagine si ma petite, à cet âge, m'avait sorti ça au restaurant : je serais probablement sorti à toute allure en lui laissant payer l'addition.
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    3
    Samedi 7 Janvier 2012 à 09:04
    benoît Barvin
    @ à Castor Tillon:
    Lui laisser payer la note?! Bourreau d'enfant! On va vous dénoncer...
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    Je sais, hélas. Toujours ce fameux extrémisme sécuritaire...
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:50
    gudule
    bah, tout le monde sait bien que nous, génération d'après guerre, ex-soixante huitards, etc, avons une sale mentalité !
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