• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 185

    Clichés & syntaxe

      Une chose m’étonne depuis des années : le nombre de personne qui, en France, sont convaincues que « Gudule » est un nom masculin. Est-ce par analogie avec « Jules » ? Ou avec des mots tels que bidule, réticule, véhicule, testicule ? (En dépit du fait que molécule, tarentule, pendule, canicule soient, eux, bien féminins.)

             Bref, ce curieux préjugé, doublé d’une aberration linguistique, donna lieu à l’anecdote que voici :

             Il y a une vingtaine d’années, invitée à rencontrer les élèves de CM1 d’une petite ville de la Sarthe, je me pointe dans l’établissement susdit. La directrice vient m’accueillir, et, tout en me pilotant vers le CDI, m’annonce que les mouflets ont adoré « On a un monstre dans la classe ».

             — Ils sont très impatients de vous voir ! précise-t-elle. Depuis ce matin, on ne les tient plus !

             Une rumeur, difficilement contenue par une institutrice débordée, sort, en effet, de la bibliothèque. Mon arrivée y met brusquement fin.

             Trente paires d’yeux me suivent tandis que je m’installe au milieu du cercle et salue à la ronde avant de parler — puisque je suis là pour ça  — de la lecture, du métier d’auteur, de la chaîne du livre, etc...

             Une fois l’exposé terminé, je demande :

             — Avez-vous des questions à poser ?

             Silence consterné, puis un petit garçon lève timidement le doigt. 

             — Madame, c’est quand qu’il arrive, votre mari ?

             Devant mon air stupéfait, la maîtresse explique :

             — Nous attendions monsieur Gudule. D’ailleurs, les enfants vous ont dessiné(e).

             Et de me montrer, garnissant les murs, les portraits naïfs d’un grand gros barbu.

             — En confidence, je crois qu’ils sont un peu déçus que vous soyez une femme, ajoute-t-elle, avec un rire gêné. Depuis le début, je leur parle d’UN écrivain, vous comprenez ? Est-ce ma faute, à moi, si ce mot-là n’existe qu’au masculin ?

        

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  • Commentaires

    1
    Samedi 4 Août 2012 à 08:40
    Benoît Barvin
    Bon, OK, "UN écrivain " mais en corollaire, "UNE crétine", donc? Ou je n'ai pas compris la règle...
    2
    Samedi 4 Août 2012 à 09:47
    Benoît Barvin
    "Ecrevisse"? Joli, mais je croyais que c'était que pour les "cochonnes", si l'on en croit cet extraiy:(...) "Rouge comme une écrevisse devant le vit qu'elle vit Madame la Baronne " (Rétif de la Bretonne, mais je ne sais plus où)?
    3
    Samedi 4 Août 2012 à 13:49
    Tororo
    Oui, c'est "mollet cul" qui prend deux L (+1).
    Ce qui est fatigant avec ces questions de termes, c'est qu'elles imposent se battre sur quatre fronts (au moins): avec les réacs de chez réac, façon vieux de la vieille, qui veulent que rien ne change, point final; avec les nostalgiques (d'âge moyen, on va dire) d'une époque où on pensait que le féminisme donnerait naissance à une société "aveugle au genre"; avec les féministes à la mode qui veulent un féminin pour tout, juste parce que c'est mode; et avec les aspirants-dictateurs de l'orthographe (ceux-là, on en trouve de tous les âges), qui soutiennent qu'on n'a le droit d'abandonner une règle figée qu'à condition de la remplacer par une autre règle figée. Et il n'y a que sur les membres du 4° groupe qu'on peut taper joyeusement sans y réfléchir à deux fois, car il arrive parfois que des représentants des trois premiers groupes présentent des arguments qui méritent d'être discutés.
    4
    Samedi 4 Août 2012 à 16:37
    castor tillon
    Nadège, je pense que la directrice le savait, mais quand on s'adresse à des enfants, un c'est un, et c'est masculin. Gudule l'aurait compris, elle, c'est elle qui devrait être directrice, au vu de ses expériences avec les scolaires, hu hu.

    Mais j'ai retrouvé une photo du temps où Gudule était un homme, ça va relancer le débat :

    http://nsm05.casimages.com/img/2012/08/04//12080404430214328910175998.jpg
    5
    Samedi 4 Août 2012 à 17:14
    castor tillon
    Pour les expériences avec les scolaires, je pensais notamment à cette solitude-ci qui m'a trop fait marrer :

    http://gudule.over-blog.com/article-grands-moments-de-solitude-44-98286689.html
    6
    Samedi 4 Août 2012 à 21:09
    castor tillon
    Tu l'as rectifiée, cette solitude ? Si je me souviens bien, les idiots montraient aussi leur cul à la fenêtre.
    7
    Dimanche 5 Août 2012 à 13:40
    castor tillon
    Mouarf !!!
    8
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Oui, mais des crétin(e)s comme ça, il y en a plus qu'on ne pense. A commencer, à mon avis, par ceux qui nient le féminin de certains mots, alors que ce féminin existe (n'en déplaise à mon vieux pote Odomar). Le français serait-il la seule langue au monde où des mots comme "auteur" "écrivain" "docteur" "maire" etc ne s'emploient pas de féminin ? Qu'on me donne une seule bonne raison pour ne pas utiliser "auteuse" (ou "autrice", au choix), "écrivaine", "doctoresse" "mairesse", etc. Est-ce obscène ? Dévalorisant ? Inesthétique ? Ou tout simplement le fait d'une tradition obsolète (comme toute les traditions) ?
    9
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Le terme "écrivain" m'étant interdit, je me rabat généralement sur "romancière", lorsqu'on me demande ma profession. Je pourrais également, comme Christiane Rochefort, répondre "écrevisse". Parce que, bon, le prétentieux "femme de lettres" du dix-neuvième siècle, faut pas charrier, quand même...
    10
    Angua
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    SI je ne me trompe pas, molécule ne prend qu'un l et tubercule est bien masculin.
    11
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Oups ! Autant pour moi, Angua ! Merci pour ta remarque... c'est corrigé !
    12
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Bof, les "madames" qui écrivent" sont de grandes timides, c'est bien connu !
    13
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Sinon, pourquoi se cacheraient-elles derrière les mots, cochons ou pas ?
    14
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Tu as parfaitement ciblé le problème, Tororo. Mais moi, qui ne me reconnais dans aucun de ces quatre groupes, je fais partie d'un cinquième : les amoureux d'une langue dont, pour d'obscures raisons ségrégationnistes, on trahit les règles fondamentales. Les noms de métiers ont tous un féminin : soudeur-soudeuse ; commerçant-commerçante ; paysan-paysanne ; cultivateur-cultivatrice, etc. Seuls un certain nombre de métiers "prestigieux" (entre guillemets) sont, par habitude et non par syntaxe, privés de ce féminin légitime. Lorsque j'étais enfant, on allait chez la doctoresse. Le village dans lequel j'ai grandi avait une mairesse. Il n'est donc pas incongru que les écrivains femmes se sentent "écrivaines"ou "autrices" (c'est vrai que le "auteure" des Québécois, qui ménage la chêvre et le chou, est assez tristounet) et que l'on ait des ministresses comme on a des avocates ou des notairesses. (Et ne venez pas m'opposer l'unique exemple inverse, "sage-femme", puisqu'il y a aujourd'hui des sages-hommes, et que je ne vois pas pourquoi on les appellerait autrement ! )
    15
    Nadege
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    Nadege
    N'y avait-il pas de biographie dans le livre ou sur la 4e de couverture ? Je ne pense pas (malheureusement) que vous débarquez au hasard dans une école comme une Deus ex machina donc cette enseignante aurait pu (du) se renseigner.

    J'hésite entre le jeanfoutisme et le foutage de gueule pour son commentaire...
    16
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Non, c'était un livre pour gamins, il y avait juste le nom de l'auteur. Et on n'avait pas encore le réflexe de chercher des renseignements sur un auteur par internet. Je pense qu'elle était sincère : elle était sincèrement convaincue que j'étais un homme. Ou alors, c'était de l'humour...
    17
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Ah ah ah : on dirait Raspoutine !
    Blague à part, si j'avais eu cette tronche, le moment de solitude 44 n'aurait sans doute jamais existé !
    Quant à être directrice d'école... alors là, non ! J'ai jamais été foutue d'être directrice de quoi que ce soit. L'idée de diriger me fout carrément la gerbe ! Le pouvoir et moi, on est fâchés depuis bien avant ma naissance...
    18
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Non, non, j'y ai pas touché. Montrer son cul à la fenêtre doit être un de tes fantasmes que tu as subtilement fait glisser jusque dans mon texte, ce qui est la meilleure manière de se l'approprier. C'est extrêmement flatteur pour un auteur, je trouve. Monsieur Castor Tillon, vous êtes le meilleur !
    19
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Comme tu dis !
    20
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    Odomar
    Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession. Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.Non, je n'entrerai pas dans une polémique sur la féminisation des noms de profession.
    21
    Odomar
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    Odomar
    Une autre possibilité, c'est le prénom masculin Théodule.
    22
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:44
    gudule
    Je t'adore, Odomar !
    Oui mais bon : Théodule est une crapule, ça fait quand même bizarre. Dulthéo est un crapaud, ça sonne quand même mieux ; question genre, je veux dire.
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